Le PLFSS souf­fle cette année encore des vents mau­vais. La crois­sance en berne de notre pays et une 28ème année con­séc­u­tive de déficit de la branche mal­adie déjà pro­gram­mée, motivent un PLFSS ser­ré. Si nous pou­vons com­pren­dre les arbi­trages macroé­conomiques qui con­duisent à fix­er l’évolution de l’ONDAM hos­pi­tal­ier 2016 à 1,75%, nous avons bien du mal à com­pren­dre la décli­nai­son des 3,4 mil­liards d’économies atten­dus.

Le point sail­lant pour les étab­lisse­ments MCO réside dans le plan d’économies ciblé sur la chirurgie ambu­la­toire. Après 91 mil­lions d’économies réal­isés en 2015, l’objectif aug­mente en 2016 à 160 mil­lions d’euros. Pourquoi s’acharner sur cette activ­ité quand on cherche par­al­lèle­ment à la dévelop­per ? Le Min­istère con­tin­ue à émet­tre des injonc­tions con­tra­dic­toires : développe­ment de la chirurgie ambu­la­toire et baisse tar­i­faire. Comme l’an dernier, nous fer­ons tout pour ten­ter de rétablir un min­i­mum de cohérence afin qu’en défini­tive, la con­tri­bu­tion de la chirurgie ambu­la­toire aux économies soit réduite.

Autre incom­préhen­sion majeure : le report à 2020 de la réforme du cal­cul du tick­et mod­éra­teur à l’hôpital. Alors que dans les clin­iques il est cal­culé exclu­sive­ment sur le tarif du GHS, les hôpi­taux publics fac­turent aux patients un tick­et mod­éra­teur sur la base d’un tarif jour­nalier de presta­tion … dont le mon­tant est cal­culé arbi­traire­ment par chaque directeur. C’est ain­si que le TJP varie de 360 € à 2.230 €/jour d’un hôpi­tal pub­lic à l’autre, sans aucune jus­ti­fi­ca­tion ni infor­ma­tion préal­able du patient. N’est-ce pas ni plus ni moins l’équivalent d’un dépasse­ment de tarif, pour­tant inter­dit dans le cadre du Ser­vice Pub­lic Hos­pi­tal­ier et éval­ué à plus d’un mil­liard d’euros par an ? Le Min­istère ayant décidé sci­em­ment de laiss­er per­dur­er jusqu’en 2020 le scan­dale du TJP — pour­tant dénon­cé par les asso­ci­a­tions de con­som­ma­teurs -, les directeurs d’hôpitaux pour­ront con­tin­uer à l’utiliser comme vari­able d’ajustement de leur bud­get face aux économies qui leur sont demandées.

Par ailleurs, nous avions dénon­cé les résul­tats de l’ENCC en pointant le faible échan­til­lon d’établissements par­tic­i­pants. La seule réponse du Min­istère … est de ren­dre l’ENCC oblig­a­toire. Alors que les comptes des hôpi­taux publics ne sont tou­jours pas cer­ti­fiés, il est hors de ques­tion de légifér­er sur l’obligation d’une compt­abil­ité ana­ly­tique pour les clin­iques car elle ne se décrète pas.

Com­ment con­stru­ire un bud­get prévi­sion­nel 2016 dans de telles con­di­tions ? Nous sommes très loin de la vis­i­bil­ité à trois ans dont tout chef d’entreprise a besoin.

Ségolène Ben­hamou
Prési­dente du syn­di­cat nation­al FHP-MCO