Le cru 2015 compte 651 pages et 56 recom­man­da­tions ! Néan­moins, les mag­is­trats rap­pel­lent les fon­da­men­taux : les comptes de la sécu­rité sociale sont dans le rouge pour la treiz­ième année con­séc­u­tive et le retour à l’équilibre est repoussé à une date indéter­minée. Et si les déficits se sont réduits en 2014, c’est grâce à l’augmentation des recettes et non à la maîtrise des dépens­es.

Le rap­port soulève de vraies prob­lé­ma­tiques organ­i­sa­tion­nelles et finan­cières, qui au fil des années se sont « enkys­tées ». Il dresse un « bilan déce­vant » de 20 ans de recom­po­si­tion ter­ri­to­ri­ale de l’offre de soins et pré­conise pas moins que « la refonte de la stratégie et du pilotage cen­tral de l’organisation du sys­tème de soins ».

Mais entre les recom­man­da­tions de la Cour et les injonc­tions de la min­istre de la san­té, on y perd son latin. Quand les sages pointent l’augmentation des dépens­es de soins de ville (+2,9%), Marisol Touraine prône « un sys­tème qui fait du médecin général­iste le cen­tre de grav­ité de la prise en charge du patient ». Quand les mag­is­trats dénon­cent la forte crois­sance des soins délivrés par les infir­miers et les kinésithérapeutes, la min­istre prêche la réduc­tion des durées de séjour au tra­vers du pro­gramme Pra­do ou le développe­ment de la chirurgie ambu­la­toire. Le man­ag­er de san­té est ren­voyé dans ses cordes quoi qu’il fasse.

La palme de l’incompréhension revient incon­testable­ment au chapitre sur l’insuffisance rénale chronique ter­mi­nale. D’un côté, la Cour con­state une pro­gres­sion de la pré­va­lence d’environ 3% par an, mar­quée par une baisse chez les per­son­nes de moins de 65 ans et une hausse chez les plus de 75 ans, les dia­bé­tiques et les poly­pathologiques ; de l’autre, elle dénonce une part tou­jours prépondérante des cen­tres lourds, qui sont en grande par­tie privés. D’un côté la Cour souligne la meilleure ges­tion des étab­lisse­ments privés, qui opti­misent davan­tage leurs ressources alors que leurs patients sont aus­si lourds et que la qual­ité des soins est aus­si bonne ; de l’autre elle pré­conise de s’attaquer forte­ment à leur rentabil­ité. Qu’est ce qui explique un tel régime de défaveur pour la dial­yse privée … dont les tar­ifs en cen­tre ont déjà bais­sé de 4,72% en mars dernier ?

Enfin, la com­para­i­son effec­tuée par la Cour des comptes avec le sys­tème alle­mand est cru­elle. Le résul­tat pour la péri­ode 2000–2014 présente un déficit cumulé de 105 mil­liards en France, con­tre un excé­dent de 12 mil­liards d’euros Out­re-Rhin. A méditer !

Ségolène Ben­hamou
Prési­dente du syn­di­cat nation­al FHP-MCO