3 ques­tions à Dr Ange Cuc­chi, PDG de la Poly­clin­ique du Sud de la Corse, à Por­to-Vec­chio.

Vous êtes la clin­ique la plus mérid­ionale de France mét­ro­pol­i­taine : quelles sont les spé­ci­ficités de votre étab­lisse­ment ?
Nous sommes situés à Por­to-Vec­chio, au sud de la Corse, le prochain étab­lisse­ment de san­té se trou­ve à plus de deux heures et demie de route, et cinq heures en été ! Nous avons été iden­ti­fiés « étab­lisse­ment isolé » par­mi les 54 en France et nous en sommes très heureux, bien qu’on ne sache pas du tout ce que cela sig­ni­fie. Per­son­ne n’est capa­ble de nous répon­dre, pas même l’ARS Corse. Est-ce que cela va cor­re­spon­dre à une aide finan­cière ? Ce serait plus que jus­ti­fié pour nous per­me­t­tre de tra­vailler dans de bonnes con­di­tions, mais pour l’in­stant c’est pour nous plutôt une pub­lic­ité néga­tive. Con­crète­ment, notre sit­u­a­tion géo­graphique nous oblige à con­serv­er toutes les activ­ités de soin, des urgences à la mater­nité en pas­sant par la chirurgie et la dial­yse. Avec notre cen­taine de lits, la vraie ques­tion demeure pour nous : com­ment garan­tir une activ­ité de soin de qual­ité quand elle n’at­teint pas le point mort ?

La mater­nité de votre étab­lisse­ment est listée par la Cour des comptes comme étant l’une de celles à pra­ti­quer moins de 300 accouche­ments par an. Quelles con­séquences pour vous ?
Même si le rap­port de la Cour des comptes a eu l’ef­fet d’une bombe dans notre région, je ne pense pas qu’il soit suivi de fait nous con­cer­nant, d’au­tant qu’il y a peu, l’ARS Corse nous a forte­ment con­seil­lé de main­tenir notre mater­nité. Nous avons effec­tive­ment une mater­nité de niveau 1 – celles d’A­jac­cio et de Bas­tia sont toutes les deux de niveau 2 – dans laque­lle 263 accouche­ments ont été pra­tiqués en 2014. À not­er que cela représente 85 % des nais­sances du niveau 1, le taux de fuite en mater­nité est donc qua­si­ment nul. Sachant que nous avons trois obstétriciens dans la clin­ique, cha­cun d’eux prend en charge env­i­ron cent accouche­ments par an, ce qui cor­re­spond donc à la moyenne observée par ailleurs dans d’autres mater­nités. Je pré­cise que tous nos pro­fes­sion­nels de san­té en mater­nité sont de secteur 1. Sécu­rité, prox­im­ité, acces­si­bil­ité : les femmes de la région nous font con­fi­ance. De plus dans notre mater­nité, nous pou­vons accom­pa­g­n­er chaque nais­sance bien mieux que dans les « usines à bébés ».

La cam­pagne tar­i­faire va bien­tôt être pub­liée et le pro­jet de loi de san­té dis­cuté : quelle est votre posi­tion sur ces actu­al­ités nationales ?
Con­cer­nant la cam­pagne tar­i­faire : en tant que pro­fes­sion­nels de san­té et chefs d’en­tre­prise, nous subis­sons une dou­ble peine, car les charges et les tax­es aug­mentent, mais nous ne maîtrisons pas nos tar­ifs. Cela ne serait pos­si­ble dans aucun autre domaine de l’é­conomie. Nous craignons une baisse autour ‑2 %. C’est totale­ment inac­cept­able et nous comp­tons sur la FHP-MCO et la FHP pour rené­goci­er. Au sujet du pro­jet de loi de san­té, comme nous avons un ser­vice d’ur­gence, nous espérons que notre clin­ique pour­ra par­ticiper au ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier. En jan­vi­er, cer­tains médecins ont fait grève, mais surtout des général­istes, nous les soutenons. En rai­son de notre sit­u­a­tion géo­graphique par­ti­c­ulière, il nous est impos­si­ble de fer­mer un ser­vice : sans notre ser­vice d’ur­gence, nous auri­ons trois morts par semaine.