3 ques­tions à Dr Richard Mal­let, chirurgien uro­logue, can­céro­logue et prési­dent de CME au Cen­tre médi­co-chirur­gi­cal Les Cèdres, à Brive-la-Gail­larde (19).

François Hol­lande s’adres­sant à Isabelle Biel­li-Nadeau, direc­trice du Cen­tre médi­co-chirur­gi­cal Les Cèdres, et au Dr Richard Mal­let (à droite sur la pho­to) à Tulle, same­di 17 jan­vi­er, à l’oc­ca­sion de la tra­di­tion­nelle céré­monie des vœux aux habi­tants de sa ville d’élec­tion.
Lors de la grève des médecins, vous avez eu un canal par­ti­c­ulière­ment direct pour faire enten­dre votre voix auprès des pou­voirs publics…
Nous avons com­mencé par ren­con­tr­er Bernard Combes, maire de Tulle et con­seiller tech­nique à l’Élysée, puis, le week-end dernier, le Dr Gravier, gyné­co­logue, mem­bre du Syn­gof et moi-même, avons eu une heure d’entretien avec Michel Yahiel, con­seiller tra­vail, emploi et pro­tec­tion sociale auprès du Prési­dent de la République. Enfin, nous avons briève­ment ren­con­tré le chef de l’État, François Hol­lande, avec notre direc­trice Isabelle Biel­li-Nadeau.

Com­ment se sont déroulés ces entre­tiens ?
Nous avions beau­coup d’inquiétudes, cer­taines ont été lev­ées, d’autres non, mais nous avons pu les faire remon­ter dans un esprit con­struc­tif. La pre­mière tenait à la réal­i­sa­tion pra­tique du tiers payant général­isé (TPG). Nous devons déjà faire face à une charge admin­is­tra­tive impor­tante, et devoir l’augmenter encore nous sem­blait impos­si­ble. Le con­seiller nous a expliqué que le TPG ne génèr­erait aucune activ­ité sup­plé­men­taire pour nous, et que nous seri­ons tou­jours payés dans un délai impar­ti. D’après lui, une frange de la pop­u­la­tion lim­ite ses soins médi­caux à cause de l’absence de tiers-payant, et ce mal­gré la CMU et l’accès aux soins rel­a­tive­ment sim­ple dans notre pays. Notre deux­ième inquié­tude liée au tiers-payant général­isé tenait aux risques de sur­con­som­ma­tion de soin, les patients n’ayant plus aucune vis­i­bil­ité sur le coût de la san­té. Le con­seiller estime, quant à lui, que les Français vont se mon­tr­er plutôt raisonnables… L’avenir nous le dira ! Ensuite, nous avons tenu à rap­pel­er que la main­mise des ARS sur toutes les mis­sions de ser­vice pub­lic pou­vait être dan­gereuse, surtout dans des spé­cial­ités comme la can­cérolo­gie. Michel Yahiel nous a expliqué qu’il s’agissait plutôt d’une prise en charge au tiers-payant des patients dans les spé­cial­ités qui ren­traient dans le cadre d’une mis­sion de ser­vice pub­lic, allant dans le sens d’une acces­si­bil­ité améliorée. Enfin, nous craignons que le TPG, dans la mesure où l’on n’a pas de vis­i­bil­ité sur qui paie quoi, laisse sur le long terme une place beau­coup plus impor­tante aux mutuelles dans le finance­ment de la san­té, avec le risque d’établir des rem­bourse­ments à deux vitesses et des niveaux de prati­ciens en fonc­tion des niveaux de con­tri­bu­tion. Sur ce point, que Michel Yahiel con­sid­ère appartenir à la fic­tion, nous n’avons pas réelle­ment pu être ras­surés. Enfin, nous avons souhaité que l’université s’ouvre aux prati­ciens du secteur privé, surtout en ce qui con­cerne la for­ma­tion des internes.

Avez-vous abor­dé la ques­tion des dépasse­ments d’honoraires ?
Nous avons cité une étude de 66 mil­lions d’im­pa­tients, qui mon­tre que les dépasse­ments d’honoraires sont beau­coup plus impor­tants dans le secteur pub­lic que dans le secteur privé, et notam­ment sur cer­tains actes, comme la chirurgie de la prostate. Nous avons rap­pelé que la majeure par­tie des prati­ciens de secteur II pra­ti­quait le tact et la mesure, et four­nis­sait une médecine de qual­ité à bon marché. C’est le cœur de notre méti­er. Nous avons égale­ment fait part de notre souhait de voir lancer un vrai débat de fond sur l’avenir du sys­tème de san­té, dans lequel les médecins de cam­pagne seraient aus­si con­sultés. Pour François Hol­lande, les maisons de san­té, qu’il avait déjà évo­quées dans son dis­cours, vont dans ce sens. Lorsque nous avons ren­con­tré François Hol­lande, nous avons eu l’impression qu’il avait pris acte de ce que lui avait trans­mis son con­seiller ; et nous espérons éventuelle­ment que la Prési­dence puisse inter­venir pour déblo­quer les négo­ci­a­tions stag­nantes avec Marisol Tour­raine. Nous avions, en tout cas, une volon­té com­mune de sauver notre sys­tème de soin, et de rester con­struc­tifs !