La spé­ci­ficité du mod­èle de san­té français aujourd’hui est qu’il est étroite­ment lié au con­cept de lib­erté : reflet de notre his­toire, c’est à par­tir de nos valeurs – lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité – que le sys­tème s’est con­stru­it. Selon Frédéric Bizard, le pro­jet de loi san­té ferait évoluer notre sys­tème vers un mod­èle à l’anglaise : quels en sont les aspects et pourquoi ce mod­èle ne cor­re­spondrait pas à notre société ?

 

Dans son arti­cle pub­lié dans les Echos, Frédéric Bizard livre son par­al­lèle fait avec le sys­tème de san­té anglais et son analyse du pro­jet de loi san­té.

Le pro­jet de loi de san­té actuel est une véri­ta­ble boite à out­ils pour pass­er du mod­èle français au mod­èle anglais (NHS) : tiers payant général­isé — exis­tant dans le NHS depuis sa créa­tion —  insé­para­ble du choix imposé de son médecin, du médecin salarié et du rationnement par les files d’attente,  trans­fert des pou­voirs d’organisation et de l’offre de soins à des agences d’État — com­posées d’agents san­i­taires et soci­aux et dirigées par la haute admin­is­tra­tion publique. Toutes ces évo­lu­tions sont des mar­ques de l’abandon de notre mod­èle, dont la gou­ver­nance s’appuie sur la démoc­ra­tie sociale.

Ce mod­èle anglais est com­pat­i­ble avec une approche util­i­tariste de la société, qui sub­stitue l’utilité à la jus­tice : les Anglais acceptent qu’une par­tie de la pop­u­la­tion n’ait pas accès à cer­tains traite­ments parce qu’elle est trop âgée, ou qu’elle soit vic­time de lour­des pertes de chance dans le can­cer du fait des files d’attente parce qu’elle n’a pas les moyens de sor­tir du NHS. Les Français l’accepteront-ils ? D’après Frédéric Bizard, prob­a­ble­ment pas ! Seules les pre­mières vic­times du change­ment de mod­èle, les médecins libéraux, se rebel­lent à ce jour.

La solu­tion n’est pas dans une sim­ple réécri­t­ure pré­cip­itée du pro­jet de loi actuel, mais elle passe par une grande con­cer­ta­tion nationale visant à adapter notre mod­èle de san­té aux nou­veaux enjeux du XXIe siè­cle. Il faut refonder notre mod­èle social en général et de san­té en par­ti­c­uli­er, dans le respect de l’équilibre et de l’histoire de France.

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