Quel est votre sentiment par rapport à la stratégie nationale de santé ?

Quand la stratégie nationale de san­té a été présen­tée en sep­tem­bre dernier, nous avions déjà émis des mis­es en garde sur des dérives pos­si­bles, mais beau­coup d’aspects nous sem­blaient encore posi­tifs. Plac­er la préven­tion au cœur du sys­tème de soin, par exem­ple, est ce que nous récla­m­ons depuis de nom­breuses années. Nous nous étions cepen­dant déjà inquiétés du con­tenu de la notion de ser­vice pub­lic de prox­im­ité. Mais aujourd’hui, nous tombons des nues. Nos craintes se sont avérées fondées. Les élé­ments d’information pour la rédac­tion de la future loi (qui est ce dont nous dis­posons à ce jour, soit un sim­ple pow­er­point d’information prob­a­ble­ment rédigé par une agence de com­mu­ni­ca­tion) sont mar­qués par le dog­ma­tisme et l’idéologie.

Qu’est-ce qui se trouve derrière ces menaces sur la médecine libérale ?

Je me pose des ques­tions. S’il s’agissait d’équilibrer les comptes, de pren­dre des mesures dras­tiques pour réduire le déficit de la sécu­rité sociale, je com­prendrais. Mais si on trans­forme en ser­vice pub­lic l’offre libérale, on va néces­saire­ment créer du déficit. Les bons élèves libéraux ne sont pas respec­tés, dans un con­texte de déficit. Qu’est-ce que ça veut dire ? J’y vois une volon­té dog­ma­tique de coller à une idéolo­gie tech­nocra­tique, coupée des réal­ités, et qui ne tient absol­u­ment pas compte des pra­tiques de ter­rain. On peine à trou­ver quelque chose de posi­tif dans cet avant pro­jet de loi. Les ARS divisent pour créer une sec­tori­sa­tion admin­is­tra­tive arti­fi­cielle. On crée un hôpi­tal au cen­tre de tout avec des ten­tac­ules et au bout de chaque ten­tac­ule, une mai­son de san­té pluridis­ci­plinaire. Mai­son de san­té, le terme lui même est con­noté, rap­pelant les maisons de la jeunesse et de la cul­ture, les MJC. On s’est déjà lais­sé enfer­mer dans une ter­mi­nolo­gie.

Dans quel état d’esprit se trouve le SML ?

Si les choses restent en l’état, nous sommes face à une loi qui va mod­i­fi­er en pro­fondeur le sys­tème de soin, et amen­er la médecine libérale à dis­paraître. Les textes sont sans ambiguïtés : la prox­im­ité sera assurée par un ser­vice pub­lic dont les car­ac­téris­tiques seront définies par l’ARS. On voit dis­paraître le sys­tème par­i­taire con­ven­tion­nel, auquel les Français sont très attachés. C’est un dan­ger extrême pour la médecine libérale, l’ambulatoire et les étab­lisse­ments privés, qui se retrou­vent pris en otage. Pour nous, libéraux, le tiers-payant général­isé, c’est la dis­pari­tion du paiement à l’acte. Pour tout dire, si cette ten­dance se con­firme, nous par­tons en guerre.