L’au­tomne sera chaud !

Comment avez-vous réagi à l’annonce de la stratégie nationale de santé le 19 juin dernier ?

Pour nous, la stratégie nationale de san­té équiv­aut à une mise au pas à marche for­cée de la médecine libérale. Le ser­vice ter­ri­to­r­i­al de san­té au pub­lic est cen­sé être au ser­vice de la pop­u­la­tion, mais il n’au­ra qu’un maître d’œu­vre : l’hôpi­tal pub­lic, qui devient ten­tac­u­laire ; et qu’un seul chef d’orchestre : l’ARS. C’est se don­ner les moyens de s’en­fer­mer encore plus dans des lour­deurs bureau­cra­tiques et c’est absol­u­ment l’inverse de ce qu’il faudrait met­tre en place. Pourquoi ne pas par­tir de ce que les pro­fes­sion­nels de ter­rain ont à pro­pos­er ? Nous auri­ons souhaité une logique ascen­dante de ter­rain, pour adapter l’ef­fi­cience et la per­for­mance au mail­lage ter­ri­to­r­i­al, et remon­ter ensuite vers les struc­tures de référence. Impos­er par le haut aux pro­fes­sion­nels de san­té des direc­tives encore plus con­traig­nantes est une erreur.

Vous mettez aussi en lumière les aspects dogmatiques de la stratégie nationale de santé. Dans quelle mesure ?

Les textes sont sans ambiguïté : ils indiquent que le ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier est incom­pat­i­ble avec la pos­si­bil­ité de com­plé­ments d’honoraires. Si un étab­lisse­ment privé veut être recon­nu comme faisant par­tie du ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier, l’ensemble de ses prati­ciens n’aura plus la pos­si­bil­ité de fac­tur­er des com­plé­ments, y com­pris si le patient est trans­féré vers un autre étab­lisse­ment. Or, le ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier don­nera cer­taine­ment droit à des allo­ca­tions de ressources supérieures. Il ne faut pas se leur­rer : les con­séquences vont être lour­des à la fois pour la médecine libérale et pour le secteur privé hos­pi­tal­ier, puisque nous sommes, de fait, exclus du ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier.

Dans quel état d’esprit se trouve la CSMF face à ces menaces ?

Nous sommes actuelle­ment dans une phase de présen­ta­tion de pro­jets de loi aux dif­férentes par­ties con­cernées. Le début du mois de juil­let se prête mal à l’ac­tion publique. Mais ce qui est clair, c’est que si les textes n’évolu­ent pas de façon majeure, nous allons vers une péri­ode de con­flits durs. Ce n’est d’ailleurs pas la seule cause : les grilles tar­i­faires suf­fi­raient à elles seules à entraîn­er une vive réac­tion. En tout état de cause, on peut s’at­ten­dre à un automne chaud !