Annie Podeur, secré­taire générale au Con­seil économique, social et envi­ron­nemen­tal

Quelles sont les mis­sions sur lesquelles vous tra­vaillez actuelle­ment.
Le Con­seil économique, social et envi­ron­nemen­tal, 3e assem­blée de la République, a voca­tion à émet­tre des avis ou à pro­duire des études sur des ques­tions économiques, sociales et envi­ron­nemen­tales à la demande du gou­verne­ment et du Par­lement et sur auto­saisines. Ajou­tons que depuis 2008, le CESE peut être égale­ment saisi par voie de péti­tion sous réserve du recueil de 500 000 sig­na­tures et de la recev­abil­ité de la péti­tion citoyenne ain­si for­mulée ; à ce jour, cette procé­dure de sai­sine n’a pu être mise en œuvre mais le CESE a recueil­li près de 700 000 sig­na­tures pour une demande d’avis por­tant sur le « pro­jet de loi ouvrant le mariage aux cou­ples de per­son­nes de même sexe » alors même que le texte du pro­jet de loi était en dis­cus­sion auprès du Par­lement : il n’a donc pu y réserv­er une suite favor­able mais a souhaité émet­tre un avis en octo­bre 2013 sur Les évo­lu­tions con­tem­po­raines de la famille et leurs con­séquences en matière de poli­tiques publiques. Par déf­i­ni­tion, le CESE ne tra­vaille pas exclu­sive­ment sur les prob­lé­ma­tiques de san­té mais une de ses neuf sec­tions, inti­t­uléeSec­tion des affaires sociales et de la san­té est com­pé­tente sur ce champ ; à  not­er la pub­li­ca­tion au cours des années passées, d’avis sur :
— La préven­tion en matière de san­té (2012).
— La pro­tec­tion sociale : assur­er l’avenir de l’assurance mal­adie (2012).
— Le coût économique et social de l’autisme (2012).
— Sui­cide : plaidoy­er pour une préven­tion active(2013).
La sec­tion vient d’émettre un avis sur le pro­jet de loi relatif à l’adaptation de la société au vieil­lisse­ment et tra­vaille sur un pro­jet d’avis sus­cep­ti­ble d’être adop­té en juin prochain sur :Mieux accom­pa­g­n­er et inclure les per­son­nes en sit­u­a­tion de  hand­i­cap : un défi, une néces­sité.
Pour autant, les man­ageurs hos­pi­tal­iers et les médecins peu­vent égale­ment trou­ver dans les travaux d’autres sec­tions, des avis ou des études sus­cep­ti­bles d’alimenter leur réflex­ion et à titre d’exemples : l’étude inti­t­ulée Principe de pré­cau­tion et dynamique d’innovation (2013) ; les avis sur La préven­tion des risques psy­choso­ci­aux (2013) et Le fait religieux dans l’entreprise (2013) ; le pro­jet d’avis en cours de final­i­sa­tion sur le dia­logue social ; un pro­jet d’avis en cours sur les con­séquences économiques, finan­cières et sociales de l’économie non déclarée.

Au regard de votre expéri­ence de secré­taire générale du CESE, com­ment voyez-vous évoluer le paysage hos­pi­tal­ier français dans son ensem­ble ?
Le paysage hos­pi­tal­ier pub­lic et privé n’existe qu’à l’aune des ser­vices qu’il  rend à la pop­u­la­tion, en com­plé­men­tar­ité avec les autres acteurs de soins exerçant à prox­im­ité immé­di­ate de chaque patient poten­tiel. En qual­ité de secré­taire générale chargée de diriger les ser­vices et de veiller à la bonne organ­i­sa­tion des travaux, je ne saurais exprimer un avis sur les évo­lu­tions hos­pi­tal­ières ; je peux seule­ment assur­er que le CESE qui a voca­tion à porter la parole de la société civile organ­isée est très sen­si­ble à la préser­va­tion du mod­èle social français, qui reste une référence à l’échelle inter­na­tionale et au sein de l’Union européenne. Les principes d’universalité de l’accès aux soins et la com­pé­tence des pro­fes­sion­nels de san­té sont à met­tre à l’actif du con­trat social de 1945. Pour autant, l’actualité des derniers jours braque le pro­jecteur sur le secteur hos­pi­tal­ier comme source poten­tielle de réduc­tion des dépens­es publiques. En qual­ité de citoyenne, je pense néces­saire d’accélérer le virage de l’ambulatoire, d’identifier et de renon­cer aux actes et aux pris­es en charges redon­dantes, voire non per­ti­nentes et de rompre avec une tra­di­tion de sur­con­som­ma­tion médica­menteuse. Mais je crois que cha­cun de ces axes de change­ment sup­pose de la part des pro­fes­sion­nels de san­té et des malades, l’acceptation d’un partage de l’information : sur ce point, je suis frap­pée par la dif­fi­culté de général­i­sa­tion du DMP, et ce, com­par­a­tive­ment au suc­cès du dossier phar­ma­ceu­tique. Ne serait-ce pas une affaire de con­fi­ance et de péd­a­gogie ? Les évo­lu­tions atten­dues sup­posent égale­ment la trans­for­ma­tion des struc­tures hos­pi­tal­ières en plateaux tech­niques, capa­bles de dis­penser le juste soin, c’est-à-dire :
— des soins ajustés aux besoins du malade au tra­vers d’une grad­u­a­tion lis­i­ble ; il nous faut renon­cer au «  tout, partout ».
— des soins de qual­ité sans s’exonérer d’une vraie réflex­ion col­lec­tive sur le rap­port bénéfice/coût et sans élud­er les ques­tions d’éthique. Une telle muta­tion ne peut se faire qu’avec la pleine adhé­sion des clients ou usagers, acteurs et respon­s­ables de leur san­té.

Quel(s) conseil(s) souhai­teriez-vous don­ner aux clin­iques aujour­d’hui ?
Je n’ai bien évidem­ment aucun con­seil à prodiguer mais seule­ment des encour­age­ments à for­muler pour un tra­vail en com­plé­men­tar­ité avec l’hôpital pub­lic et au ser­vice de l’ensemble des patients, sans dis­tinc­tion. L’accès aux soins est un bel acquis à préserv­er, l’égal accès aux soins, un objec­tif tou­jours sur le méti­er.
Je ne doute pas que les clin­iques sachent accepter les mis­sions de ser­vice pub­lic en matière de for­ma­tion des pro­fes­sion­nels de san­té et d’accueil des urgences et soins non pro­gram­més, dans tous les secteurs de prise en charge MCO, SSR, et psy­chi­a­trie. Je pense que leur remar­quable capac­ité d’adaptation doit leur per­me­t­tre de con­tin­uer d’innover et de con­tribuer con­crète­ment à la déf­i­ni­tion d’un par­cours de soins opti­misé entre la ville et l’hôpital, ambi­tion nova­trice et con­sen­suelle de la loi HPST, reprise dans l’actuelle Stratégie nationale de san­té .