Le prési­dent de la République, François Hol­lande, a présen­té le 4 févri­er, journée mon­di­ale con­tre le can­cer, les grandes lignes du nou­veau Plan can­cer 2014–2019, en présence notam­ment de Marisol Touraine. Nous avons recueil­li les réac­tions du doc­teur Bernard Coud­erc, prési­dent de l’U­nion nationale hos­pi­tal­ière privée de can­cérolo­gie (UNHPC).

Quels sont les points posi­tifs pour les étab­lisse­ments de san­té et les médecins qu’il faut retenir de ce Plan can­cer ?
Nous avons par­ti­c­ulière­ment appré­cié que ce plan ait été présen­té lors des Ren­con­tres de l’INCa à l’occasion de la Journée mon­di­ale du can­cer qui fédéraient les prin­ci­paux acteurs de la can­cérolo­gie. Par­mi les points posi­tifs, nous avons, d’une part, été agréable­ment sur­pris de voir que le finance­ment restait à la hau­teur de celui du Plan précé­dent car nous craignions plutôt une baisse. De plus, le prési­dent Hol­lande a mis l’accent d’une part sur la préven­tion — qui est l’arme absolue — ,  car elle peut empêch­er le can­cer d’apparaître « soit 40 % de décès par can­cer actuelle­ment évita­bles ». Il a égale­ment souligné l’importance des fac­teurs favorisant le can­cer tels que le tabac, les addic­tions, l’environnement, etc. D’autre part, la recherche n’est pas non plus en reste dans ce plan. Mais ce qui est vrai­ment orig­i­nal, c’est l’impulsion qui est don­née aux traite­ments per­son­nal­isés avec le développe­ment de la carte d’identité des tumeurs ou la mise en place de plate­formes de biolo­gie molécu­laire. Enfin nous salu­ons la volon­té de François Hol­lande de lut­ter con­tre les iné­gal­ités qu’elles soient d’origine sociale, ou qu’elles con­cer­nent l’accès aux soins, à la préven­tion, au dépistage ou aux inno­va­tions thérapeu­tiques. Et dans ce cadre, la con­fir­ma­tion des Réseaux régionaux de can­cérolo­gie et des Réseaux de san­té ter­ri­to­ri­aux nous a ras­surés.

Quels sont les sujets d’in­quié­tude face à ce Plan can­cer ?
Il est clair que nous pou­vons émet­tre des doutes face à la com­plex­ité de ce plan qui ne com­porte pas moins de 189 actions et plus de 400 mesures. Com­ment cela est-il gérable dans la réal­ité ? Beau­coup de ces mesures demeurent hélas au stade de déc­la­ra­tion d’intention. À part l’INCa qui est con­solidé dans son rôle, aucun pilote n’est désigné, et les cal­en­dri­ers ne sont pas arrêtés. Les ARS sont chargées de la décli­nai­son du Plan dans les ter­ri­toires, et nous craignons, au vu d’exemples récents, qu’elles ne soient pas tou­jours impar­tiales. D’autre part, la gra­da­tion des soins que la cir­cu­laire de 2005 avait sim­pli­fiée, réap­pa­raît avec la déf­i­ni­tion de « cen­tres de recours » et de « cen­tres de prox­im­ité », alors que l’on aurait pu sim­ple­ment indi­vid­u­alis­er des cen­tres spé­cial­isés sans organ­i­sa­tion pyra­mi­dale. Le Plan annonce aus­si la mise à jour des critères d’autorisation. Avec qui seront-ils défi­nis ? À ce jour, aucun dis­posi­tif, inté­grant les pro­fes­sion­nels, les fédéra­tions et sociétés savantes ne nous a été annon­cé. Alors, à la lec­ture de ce doc­u­ment, de nom­breuses ques­tions demeurent sans réponse. Ain­si, nous souhaitons savoir si le secteur libéral pour­ra accéder à la réal­i­sa­tion des actes de la biolo­gie molécu­laire, ou au moins, par­ticiper en tant que tel à la ges­tion et au développe­ment des plate­formes de biolo­gie molécu­laire. Enfin, Il faudrait surtout plus de cohérence entre les annonces du Plan et la poli­tique de san­té. Par exem­ple, com­ment con­cili­er accès à l’innovation et dégres­siv­ité tar­i­faire, traite­ments per­son­nal­isés et baisse du GHS de chimio­thérapie… ? En résumé, si l’annonce de ce Plan a été juste­ment saluée par tous, son effi­cac­ité dépen­dra, pour une très large part, des modal­ités de son appli­ca­tion pra­tique, et celles-ci restent large­ment à définir.

Et vos chevaux de bataille pour l’an­née 2014 ?
Il est impor­tant pour nous de par­ticiper à la gou­ver­nance, au pilotage et au suivi du Plan avec les fédéra­tions et les sociétés savantes. Nous ne nous con­tenterons pas d’être sim­ple­ment « con­sultés » au plan nation­al lors du sémi­naire annuel de l’INCa, au plan région­al au sein de la CRSA et au plan local dans les con­férences de ter­ri­toire. Com­ment d’ailleurs imag­in­er la réus­site d’un plan de san­té publique si les pro­fes­sion­nels ne sont pas impliqués dans sa mise en œuvre ? Nous con­tin­uerons, par exem­ple, à nous bat­tre avec Uni­cancer et la FEHAP con­tre la dégres­siv­ité tar­i­faire…  Et d’une façon générale nous con­tin­uerons à œuvr­er pour la mise en cohérence du Plan avec les poli­tiques de san­té, que nous avons actuelle­ment le sen­ti­ment de subir, et pour une juste recon­nais­sance de notre secteur. Rap­pelons que nous dépis­tons et diag­nos­tiquons plus des deux tiers des can­cers, et soignons pra­tique­ment près d’un patient sur deux.