En quoi la télémédecine va-t-elle apporter une réponse aux nou­veaux défis de l’of­fre des soins ? Le champ de la télémédecine est aus­si vaste que la médecine. Il y a donc une pos­si­bil­ité théorique de développe­ment de très nom­breux pro­grammes. C’est pourquoi un pro­gramme de télémédecine doit d’abord cor­re­spon­dre à un réel besoin, être inté­gré aux par­cours de soin et être adap­té à la prise en charge glob­ale du patient autant qu’à sa sit­u­a­tion par­ti­c­ulière. La télémédecine est un des moyens de répon­dre aux défis d’une organ­i­sa­tion pluri-pro­fes­sion­nelle des soins avec une réelle plus-val­ue en ter­mes d’accessibilité aux soins pour les per­son­nes ou les étab­lisse­ments isolés géo­graphique­ment,  ou insti­tu­tion­nelle­ment, comme les per­son­nes âgées ou encore les détenus. La télémédecine peut aus­si être aus­si une réponse à une pénurie démo­graphique, non pas tant en matière de soins pri­maires, mais plutôt en ter­mes de ressources d’expertise spé­cial­isée, même si la France n’est pas com­pa­ra­ble avec l’Australie ou le Cana­da. À titre d’exemple, la ressource médi­cale de la fil­ière oph­tal­mologique est rare, tout autant que l’expertise  neu­ro­ra­di­ologique pour l’interprétation en urgence d’un scan­ner ou d’une IRM en cas d’AVC. Dans cette sit­u­a­tion, la télémédecine per­met de trans­fér­er des images dans un cadre coor­don­né avec une organ­i­sa­tion spé­ci­fique pour don­ner une inter­pré­ta­tion en urgence pour les AVC ou en temps dif­féré pour l’ophtalmologie. Prenons un autre exem­ple, celui de la télé-dial­yse mise en œuvre dans des cen­tres d’autodialyse de prox­im­ité qui per­me­t­tent ain­si aux patients d’être traités en toute sécu­rité sans se déplac­er sur de longues dis­tances tout en étant suiv­is par un néphro­logue. C’est une expéri­ence effi­cace qui a été notam­ment déployée dans les Pays de Loire ou en Bre­tagne.
Con­cer­nant le finance­ment, nous n’avons pas la démon­stra­tion que la télémédecine per­met, aujourd’hui en France, d’être plus économique, mais elle peut être plus effi­ciente notam­ment en ter­mes de qual­ité de vie. Ain­si, par exem­ple, dans le cas un peu car­i­cat­ur­al du suivi d’un défib­ril­la­teur à dis­tance, il n’est pas démon­tré que la mise en place du sys­tème s’avérera moins onéreuse que les frais de déplace­ments des patients, en revanche la qual­ité du suivi en sera meilleure. Ce qui est impor­tant c’est de bien garder à l’esprit que la pri­or­ité reste la qual­ité de la prise en charge et la sécu­rité du patient.
Dans les pays cités plus haut, les con­di­tions et les prob­lèmes sont rad­i­cale­ment dif­férents, ren­dant très dif­fi­ciles les com­para­isons économiques du fait de sys­tèmes de prise en charge et de finance­ment dif­férents.
Enfin, et c’est essen­tiel, la télémédecine doit garan­tir un niveau de sécu­rité au min­i­mum égal à la prise en charge clas­sique. On ne peut pas accepter un pro­gramme qui dégrade la qual­ité. Les trois impérat­ifs pour la mise en place d’un sys­tème de télémédecine sont :

  • cor­re­spon­dre à un besoin au ser­vice d’une organ­i­sa­tion des soins
  • garan­tir la qual­ité et la sécu­rité des soins
  • amélior­er le ser­vice médi­cal ren­du

Dans le cas de  l’autodialyse par exem­ple, cela ne garan­tit pas un meilleur soin, mais cela évite au patient de se déplac­er, trois ou qua­tre fois par semaine, ce qui représente une grande amélio­ra­tion de sa qual­ité de vie.

Quels sont les out­ils pré­con­isés par la
HAS ?
La HAS a pub­lié en juil­let 2013 deux doc­u­ments pour accom­pa­g­n­er le développe­ment des pro­jets de télémédecine : un cadre d’évaluation médi­co-économique ain­si qu’une grille de pilotage et de sécu­rité des pro­jets de télémédecine. Ces deux doc­u­ments sont disponibles sur notre site Inter­net. La HAS est égale­ment amenée à don­ner un avis lorsqu’un pro­gramme de télémédecine com­porte de nou­veaux modes d’organisation qui font par­tie de son champ de prérog­a­tives. Comme, par exem­ple, pour les pro­grammes de télémédecine qui com­por­tent des temps de coopéra­tions inter­pro­fes­sion­nelles déroga­toires dans le champ de l’article 51 de la Loi HPST. Enfin, il est intéres­sant de remar­quer que si la HAS n’a pas voca­tion à autoris­er les pro­grammes de télémédecine, elle peut cepen­dant être con­sultée pour émet­tre des avis relat­ifs à leur qual­ité ou à leur sécu­rité. Je souhaite pou­voir ren­dre l’AFCA encore plus effi­cace pour rem­plir ses mis­sions.

Qu’en est-il de la qual­ité des soins en télémédecine com­parée au sys­tème clas­sique ? Pour la HAS, la qual­ité et la sécu­rité entre ces deux modal­ités, télémédecine ou prise en charge clas­sique doivent être au min­i­mum iden­tiques. Pour éval­uer cette qual­ité, nous dis­posons d’outils d’analyse bib­li­ographique. La lit­téra­ture sci­en­tifique inter­na­tionale con­tient de nom­breux exem­ples d’études qui per­me­t­tent de mon­tr­er que les deux sys­tèmes sont effi­caces en ter­mes de qual­ité. Il est judi­cieux de s’interroger, lorsque l’on sait que la qual­ité est la même entre ces deux modal­ités, sur l’efficience des pro­jets de télémédecine. La HAS a donc, dans cette optique, et à la demande de la DGOS, effec­tué une revue de lit­téra­ture inter­na­tionale. L’objectif était d’identifier les spé­cial­ités ou patholo­gies pour lesquelles la télémédecine pou­vait être effi­ciente (coût/efficacité ou coût/utilité) par rap­port à l’organisation clas­sique de la prise en charge. Cepen­dant, aucune con­clu­sion défini­tive n’a pu en être tirée en rai­son de l’hétérogénéité des études sur le sujet, tant au niveau de leur qual­ité méthodologique que des dif­férences en ter­mes d’activité et d’organisation des soins entre les pays où elles ont été réal­isées. Afin de pal­li­er ce manque de con­nais­sances médi­co-économiques en France sur ce sujet, la HAS a pro­posé un cadre méthodologique pour l’évaluation de l’efficience des pro­jets de télémédecine for­mal­isé dans le doc­u­ment évo­qué précédem­ment. Il est impor­tant de rap­pel­er, quelle que soit la modal­ité choisie, que les règles d’éthique vis-à-vis du patient, doivent être respec­tées : bien­fai­sance, non-mal­fai­sance, jus­tice sociale et respect de l’autonomie du patient qui doit être par­faite­ment infor­mé et à qui on doit pou­voir pro­pos­er — sauf dans les cas extrêmes — une alter­na­tive s’il souhaite une prise en charge clas­sique. Enfin, de manière générale, on remar­que un engoue­ment de la part du patient à con­di­tion que la démarche ne soit pas trop com­pliquée.
En con­clu­sion, quel que soit le pro­gramme de télémédecine, il doit cor­re­spon­dre à un besoin et apporter une amélio­ra­tion du ser­vice médi­cal au patient sans dégrad­er la qual­ité ni bien évidem­ment la sécu­rité.