Dr Gilles SCHUTZ, Prési­dent du syn­di­cat FHP-Dial­yse, PDG d’établissements de san­té spé­cial­isés en dial­yse

 

Les États Généraux du Rein se tenaient le 17 juin, selon vous, quel est le bilan ? Cette démarche est à la seule ini­tia­tive d’une organ­i­sa­tion, Renaloo, et non une “grande con­cer­ta­tion démoc­ra­tique”, comme le salu­ait la min­istre, bien que nous ayons été sol­lic­ités au départ et que nous nous y sommes exprimés. Il s’agis­sait des Etats Généraux du ressen­ti des patients. C’é­tait avant tout une écoute de ce qui ne va pas et de toute évi­dence, nous savions, nous pro­fes­sion­nels de san­té, que la mal­adie rénale dialysée est une source de grandes dif­fi­cultés pour vivre. Toute­fois, cette écoute reste essen­tielle et il ne peut être inutile de le rap­pel­er. Dans les con­clu­sions, il est ressor­ti d’ailleurs, un cer­tain manque d’é­coute des pro­fes­sion­nels de san­té et des néphro­logues en pre­mier lieu. Nous l’avons enten­du et nous sommes prêts à les aider à amélior­er les procé­dures et pro­to­coles d’in­for­ma­tion. C’est un point posi­tif de ces Etats Généraux que de faire émerg­er cette néces­sité avec égale­ment celle d’or­gan­is­er des réu­nions pluridis­ci­plinaires en pré-dial­yse, ce qui per­me­t­tra d’adapter la meilleure prise en charge pour nos patients.

…mais des man­que­ments ? Oui, mal­heureuse­ment, des prob­lèmes essen­tiels n’ont pas été abor­dés, celui de la greffe, en pre­mier lieu, mal posé et ensuite mal exposé dans les médias. Il est trop rapi­de de com­par­er la France à la Norvège ou les Pays-Bas pour tout solu­tion­ner. Soulignons que déjà les mis­es en œuvre des pro­to­coles diver­gent chez nous selon les régions dont cer­tains chiffres sont dif­fi­cile­ment com­pa­ra­bles. Les réu­nions pluridis­ci­plinaires aideront à ori­en­ter de façon plus juste les 55% de patients en dial­yse qui sont con­cernés par un accès à la greffe. Il reste dif­fi­cile par exem­ple pour un néphro­logue de pro­pos­er une greffe à un patient de plus de 80 ans. Les répons­es sont au cas par cas et doivent se faire dans le débat éclairé entre le patient et son prati­cien. Quelles sont les lim­ites? C’est sans doute dans l’éthique qu’elles se trou­vent. Le tra­vail en équipe nous per­me­t­tra d’accompagner plus intel­ligem­ment le patient. Les néphro­logues libéraux font leur part du tra­vail. Ils sont for­més et infor­ment cor­recte­ment leurs patients sur les pos­si­bil­ités d’une greffe décidée et réal­isée ensuite en secteur pub­lic. La pénurie actuelle de gref­fons a été insuff­isam­ment évo­quée et la balle doit être replacée dans le camp des autorités publiques.

Quelle sera la place de la dial­yse privée demain ?Je souhait­erais rap­pel­er que nous rem­plis­sons une vraie mis­sion de ser­vice pub­lic. Une preuve par­mi d’autres : cer­tains de nos cen­tres restent ouverts la nuit pour offrir une plus grande lib­erté et con­fort aux patients dialysés afin de pou­voir gér­er leur mal­adie, et ce d’ailleurs, dans des régions où nos col­lègues du pub­lic ont eux déjà fer­mé l’ac­cès aux séances de nuit. Le débat sur le choix entre un traite­ment par hémodial­yse ou dial­yse péri­tonéale reste non abouti, et bien qu’évo­qué lors des États Généraux, aucun con­sen­sus pour déci­sion n’a émergé. Or, c’est de vis­i­bil­ité dont nous avons besoin pour anticiper notre activ­ité, nos investisse­ments, etc. Demain, notre secteur aura-t-il les moyens de répon­dre aux deman­des et l’E­tat, de les financer ? Nous sommes très inqui­ets d’évo­lu­tions règle­men­taires à venir non financées dans ce cli­mat de baisse tar­i­faire, voire de diver­gence de nos tar­ifs par rap­port à ceux du secteur pub­lic. L’ob­jec­tif des Etats Généraux d’ou­vrir le débat est atteint mais ne restons pas sur notre fin. C’est au tour des pro­fes­sion­nels de san­té d’être enten­dus !