La FHP-MCO, syn­di­cat des clin­iques et hôpi­taux privés spé­cial­isés en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) de la Fédéra­tion de l’hospitalisation privée, dénonce les con­tre-vérités et omis­sions de la min­istre de la San­té Marisol Touraine, au sujet de l’application du Crédit d’impôt Com­péti­tiv­ité Emploi (CICE) au secteur hos­pi­tal­ier privé.

Dans une inter­view au Figaro Mag­a­zine pub­liée same­di, Marisol Touraine a affir­mé : « Je n’oppose pas le pub­lic et le privé (…). Le secteur privé va béné­fici­er du crédit impôt com­péti­tiv­ité, lancé par le gou­verne­ment fin 2012, qui va lui per­me­t­tre d’obtenir des baiss­es d’im­pôts sig­ni­fica­tives, et donc d’amélior­er sa sit­u­a­tion finan­cière ».

Or la min­istre ne peut ignor­er qu’elle a bais­sé dans le même temps les tar­ifs des clin­iques et hôpi­taux privés de 0,56% en 2013, une baisse expressé­ment motivée par la volon­té d’annuler le béné­fice du CICE.

« Madame la min­istre omet tout sim­ple­ment de dire qu’elle a décidé que l’application du CICE serait neu­tral­isée au cours des trois prochaines années par une baisse des tar­ifs hos­pi­tal­iers des clin­iques, ce qui s’apparente pure­ment et sim­ple­ment à du ‘rack­et au CICE’, pour repren­dre l’expression de son col­lègue, Mon­sieur Mon­te­bourg »,  a affir­mé Lamine Ghar­bi, prési­dent de la FHP-MCO, qui regroupe quelque 600 étab­lisse­ments privés, spé­cial­isés en médecine, chirurgie, obstétrique.

« Ces petits arrange­ments avec la vérité sont éton­nants de la part d’un min­istre, qui sem­ble soudaine­ment frap­pée d’amnésie, alors que c’est de con­cert avec le min­istre de l’Economie Pierre Moscovi­ci qu’elle a décidé la mise en place de cette mesure puni­tive », a rap­pelé Lamine Ghar­bi.

Dans un cour­ri­er du 5 févri­er 2013 à la fédéra­tion des hôpi­taux publics (FHF), la min­istre de la San­té a indiqué que « les modal­ités de neu­tral­i­sa­tion de l’impact du CICE sur le secteur hos­pi­tal­ier com­mer­cial seront pré­cisées prochaine­ment dans le cadre de la final­i­sa­tion des travaux en cours pour la cam­pagne tar­i­faire 2013 ».

Et, lors d’une réu­nion à la Direc­tion générale de l’offre de soins (DGOS), le 18 mars 2013, les ser­vices de la min­istre ont ain­si explic­ité aux fédéra­tions présentes que, pour les clin­iques et hôpi­taux privés, l’im­pact du CICE sera « neu­tral­isé » par une baisse des tar­ifs  en 2013, 2014 et 2015.

« Venir dire dans ces con­di­tions que l’on n’oppose pas pub­lic et privé et faire en sorte de sanc­tion­ner les clin­iques et hôpi­taux privés en leur reprenant le CICE relève d’un dog­ma­tisme aveu­gle, alors que notre secteur est effi­cient, dynamique et crée des emplois. Les clin­iques seront donc les seules entre­pris­es de France à ne pas béné­fici­er de cette mesure de com­péti­tiv­ité, alors même que, con­traire­ment aux hôpi­taux publics, elles s’acquittent d’impôts et tax­es pour un mon­tant de 600 mil­lions d’euros chaque année. Drôle de con­cep­tion de la jus­tice ! », a souligné le prési­dent de la FHP-MCO.

La FHP-MCO rap­pelle qu’elle a saisi le Con­seil d’Etat d’une requête en annu­la­tion de cette déci­sion.

Enfin, la min­istre de la San­té défend sa déci­sion de met­tre fin à la con­ver­gence des tar­ifs hos­pi­tal­iers public/privé. « J’ai mis fin à ce qu’on appelle la con­ver­gence tar­i­faire qui con­dui­sait à fix­er les tar­ifs à l’i­den­tique dans les hôpi­taux publics et les étab­lisse­ments privés. Non pas par mécon­nais­sance du tra­vail accom­pli par le secteur privé, mais par recon­nais­sance du tra­vail spé­ci­fique qui est réal­isé dans les hôpi­taux publics, lesquels sont en charge des mis­sions de ser­vice pub­lic ».

Madame la min­istre, ce n’est pas une « mécon­nais­sance du tra­vail accom­pli par le privé », c’est une mécon­nais­sance des modal­ités de finance­ment des étab­lisse­ments de san­té !

La FHP-MCO rap­pelle en effet que les mis­sions de ser­vice pub­lic font l’objet d’un finance­ment spé­ci­fique par le biais d’une enveloppe budgé­taire dite MIGAC (mis­sions d’intérêt général et aide à la con­trac­tu­al­i­sa­tion) d’un mon­tant de 8,5 mil­liards d’euros, qui représente 20% du bud­get des hôpi­taux publics et vient s’ajouter à leurs tar­ifs.

« Jus­ti­fi­er l’écart des tar­ifs entre le pub­lic et le privé – aujourd’hui de 22% au détri­ment des clin­iques – par la réal­i­sa­tion de ces mis­sions con­stitue donc tout sim­ple­ment un trav­es­tisse­ment de la réal­ité. Nous sommes sur­pris que la min­istre ait encore recours à ce type d’argument », con­clut Lamine Ghar­bi.