Dans quelles cir­con­stances a eu lieu la plainte portée par la FHP-MCO devant la Com­mis­sion européenne ?
Tout a com­mencé par un prob­lème de dif­féren­tiel tar­i­faire depuis l’en­trée en vigueur de la tar­i­fi­ca­tion à l’ac­tiv­ité. Les activ­ités de soins sont définies à l’identique pour tous les étab­lisse­ments de san­té, qui réalisent les mêmes mis­sions, mais elles ne répon­dent pas à la même grille tar­i­faire pour les secteurs publics et privés. Depuis près d’une dizaine d’an­née main­tenant, nous devons faire face à des dif­férences de tarif qui ne sont pas jus­ti­fiées. Au départ, elles s’élè­vaient à près de 40% d’é­cart après cor­rec­tions de champ (prise en compte des hon­o­raires des médecins) ! Aujour­d’hui, nous sommes plutôt entre 20 et 25% d’é­cart, cepen­dant tou­jours injus­ti­fiés. Injus­ti­fiés, dans le sens où la loi prévoit qu’il peut y avoir des tar­ifs dif­féren­ciés entre caté­gories d‘établissement sous réserve de les jus­ti­fi­er, mais que le min­istère annonce depuis des années des études pour essay­er d’identifier des dif­férences et jus­ti­fi­er en con­séquence des dif­férences de tar­ifs, alors que c’est l’inverse qui aurait du être fait, savoir admet­tre les écarts seule­ment après avoir iden­ti­fié les dif­férences. Les études menées sont arrivées au terme de ce qui peut être imag­iné mais sans que les écarts de tar­ifs soient pour autant jus­ti­fiés. Au départ, la loi prévoy­ait d’éla­bor­er les tar­ifs sur la base des coûts d’un échan­til­lon représen­tatif com­mun, mais cette dis­po­si­tion a été sup­primée du Code de la sécu­rité sociale. On con­tin­ue de par­ler d’une échelle nationale des coûts, mais il s’agit en réal­ité de deux échelles à méthodolo­gie com­mune. Face à cette absence de jus­ti­fi­ca­tion de l’é­cart des tar­ifs, le Con­seil d’E­tat n’a pas jugé bon d’amen­er les par­ties prenantes à s’ex­pli­quer. Le droit nation­al ne trou­ve donc rien à redire à cette dif­férence tar­i­faire.

Et le droit com­mu­nau­taire ?
Le droit com­mu­nau­taire, en revanche, inter­dit aux acteurs du champs con­cur­ren­tiel toutes mesures qui peu­vent affecter la con­cur­rence. C’est une inter­dic­tion fon­da­men­tale. Les aides d’E­tat sont inter­dites en principe car elles faussent évidem­ment un équili­bre con­cur­ren­tiel. Dans cer­tains cas lim­ités, elles peu­vent être admis­es après noti­fi­ca­tion préal­able à la Com­mis­sion européenne ou dans le cadre d’une exemp­tion générale si les aides obéis­sent à des car­ac­téris­tiques pré­cis­es. Elles peu­vent être admis­es dans le cas d’une com­pen­sa­tion de ce que nous appelons les mis­sions de ser­vice pub­lic, et que le droit com­mu­nau­taire nomme les ser­vices d’in­térêt économique général. L’idée est que le coût spé­ci­fique des mis­sions d’intérêt général puisse être financé par l’Etat. Avant que le finance­ment de ces ser­vices soit recon­nu com­pat­i­ble avec les oblig­a­tions com­mu­nau­taire, il faut que l’Etat financeur obéisse a pri­ori à dif­férents critères, par­mi lesquels une déf­i­ni­tion très pré­cise des mis­sions, le chiffrage des coûts pour éviter les sur­com­pen­sa­tions et des mécan­ismes de con­trôle. On en revient à ce qui se passe en France, où le dif­féren­tiel de tar­i­fi­ca­tion ne répond pas à ces critères et où les mis­sions de ser­vice pub­lic ne sont pas cor­recte­ment éval­uées, sans vrai mécan­isme de con­trôle. Des rap­ports offi­ciels esti­ment que plus d’un tiers des mis­sions de ser­vice pub­lic français ne respecte pas les exi­gences du droit com­mu­nau­taire. La plainte portée en 2010 par la FHP-MCO vise à exiger le respect des ces dis­po­si­tions fon­da­men­tales du droit com­mu­nau­taire et aider le gou­verne­ment français à faire évoluer le sys­tème.

Aujour­d’hui, où en est-on ?
2012 a été une année chargée. D’abord, avec le change­ment de majorité et l’a­ban­don défini­tif de la con­ver­gence tar­i­faire. Ensuite, à cause d’un précé­dent : un arrêt a été ren­du par le Tri­bunal de l’U­nion européenne pour oblig­er la Com­mis­sion européenne à ouvrir une procé­dure formelle d’ex­a­m­en sur le finance­ment des hôpi­taux publics de la région de Brux­elles. Cet arrêt est fon­da­men­tal. Le par­al­lèle avec la sit­u­a­tion dénon­cée par la FHP MCO pour la France est frap­pant ; main­tenant et sur la base de la même analyse, la Com­mis­sion n’a pas d’autre choix que d’ouvrir aus­si une procé­dure formelle d’ex­a­m­en pour exam­in­er le sys­tème de finance­ment français. C’est une grande avancée. Cela ne sig­ni­fie cepen­dant pas que la Com­mis­sion doit automa­tique­ment déclar­er ce sys­tème incom­pat­i­ble avec les règles com­mu­nau­taires, mais il y a de bonnes chances que cette procé­dure soit à l’a­van­tage du secteur privé hos­pi­tal­ier en met­tant terme à un finance­ment dis­crim­i­na­toire. Deux autres pays ont d’ailleurs porté plainte, l’Alle­magne et le Dane­mark. Ensuite, il fau­dra encore un peu de temps pour récolter les fruits de ce tra­vail, sachant que le dernier mot revien­dra vraisem­blable­ment à la Cour de jus­tice de l’Union européenne…