3 ques­tions à Michel ARNAUD, directeur du Cen­tre d’hémodialyse des Alpes

Pourquoi vous êtes-vous engagés dans une démarche de télémédecine ?
Nous avons été oblig­és de réa­gir face au vieil­lisse­ment de nos patients dans les cen­tres d’autodialyse. Le vieil­lisse­ment entraîne des poly­patholo­gies, et cer­tains pro­fils d’autodialyse sont devenus des patients à ori­en­ter en unités de dial­yse médi­cal­isées avec une fréquence de con­sul­ta­tions médi­cales supérieure. Nous avons donc déposé à l’ARS une demande d’autorisation pour la créa­tion de deux unités de dial­yse médi­cal­isée sous télémédecine.

Com­ment s’organise la télémédecine  dans le cadre de la dial­yse ?
Elle se met en pra­tique grâce à deux fonc­tion­nal­ités : la télé­sur­veil­lance et la télé­con­sul­ta­tion. La télé­sur­veil­lance per­met un mon­i­tor­ing à dis­tance grâce au logi­ciel Nexa­dia Mon­i­tor. Les médecins peu­vent suiv­re en direct toutes les infor­ma­tions sur le déroule­ment d’une dial­yse. L’autre modal­ité d’utilisation est la télé­con­sul­ta­tion, qui per­met de réalis­er une con­sul­ta­tion à dis­tance, de visu. Grâce à ces con­sul­ta­tions heb­do­madaires, nos néphro­logues ne se dépla­cent plus qu’une fois par mois au lieu d’une fois par semaine.
La télémédecine en dial­yse existe main­tenant depuis un peu moins de 10 ans. Elle a été ini­tiée par le secteur pub­lic .La Haute autorité en san­té a pub­lié en 2010 des recom­man­da­tions de bonnes pra­tiques en dial­yse sous télémédecine. Mal­gré cet élan les instal­la­tions tech­niques et logis­tiques étaient lour­des (machines / robot télé­com­mandées pour chaque site) et par­ti­c­ulière­ment coû­teuses. Aujourd’hui ces machines sont tou­jours présentes sur le marché mais les étab­lisse­ments privés par manque de sou­tien financier ne pou­vaient pas se posi­tion­ner sur ce créneau et donc peinaient à se dévelop­per et plus sim­ple­ment à répon­dre à une évo­lu­tion du con­texte de la prise en charge du patient dialysé.
Les solu­tions moins coû­teuses n’étaient pas véri­ta­ble­ment sat­is­faisantes car elles n’intégraient que la visio­con­férence (télé­con­sul­ta­tion) et s’appuyaient encore sur la retran­scrip­tion orale ou écrite du soignant auprès du patient. Notre démarche est donc inno­vante sur 4 points :
•    C’est une solu­tion logi­cielle évo­lu­tive qui per­met à moin­dre cout de réalis­er 11 télé­con­sul­ta­tions en même temps.
•    C’est une solu­tion tech­nique sim­ple et mobile car l’ajout d’une web­cam et d’un audio chat (casque/micro) à un ordi­na­teur portable suff­isent à la réal­i­sa­tion des télé­con­sul­ta­tions.
•    C’est une solu­tion glob­ale ren­forçant la sécu­rité du patient par le mon­i­tor­age à dis­tance lis­i­ble en une seule page pour le médecin avec alertes et mes­sages en fonc­tion des dif­férents paramètres de la séance grâce au logi­ciel NEXADIA Mon­i­tor.
•    C’est enfin une solu­tion péd­a­gogique et médi­cal­isée car elle per­met grâce au wifi médi­cal, d’associer en partage d’écran la télé­con­sul­ta­tion et des élé­ments de la sur­veil­lance médi­cale issus du dossier médi­cal du patient (comme des comptes ren­dus d’examens, KT/V, évo­lu­tion de la prise de poids, infor­ma­tions liées au mon­i­tor­ing, cour­ri­ers divers…..)
Ce dernier point est véri­ta­ble­ment l’aboutissement atten­du de la télémédecine, notam­ment dans le cadre de la prise en charge des mal­adies chroniques, car il favorise la  com­préhen­sion par le patient des infor­ma­tions con­cer­nant sa mal­adie et son évo­lu­tion. L’association des 2 modal­ités (télé­con­sul­ta­tion et télé­sur­veil­lance) en un seul écran d’information « vivant » ren­force donc le lien entre le médecin et son patient et sécurise naturelle­ment la prise en charge et la qual­ité de vie du patient.
Pour dernière infor­ma­tion, le coût total de cette inno­va­tion est qua­tre fois moins impor­tant que les mod­èles exis­tants pilotés par les cen­tres hos­pi­tal­iers ou le secteur associatif…et il est évo­lu­tif car pro­jetable sur la prise en charge à domi­cile ou en EHPAD.

Et, qu’en pense les patients de votre cen­tre ?
Nous avons mis en place un parte­nar­i­at avec la fac­ulté  de médecine de Nice afin d’évaluer la per­cep­tion par les usagers de la télémédecine. Les huit pre­miers patients ont été ques­tion­nés et les résul­tats sont con­va­in­cants : les patients sont sat­is­faits  d’être soignés au plus prés de chez eux et la télémédecine ren­force leur sen­ti­ment de sécu­rité. Il y a donc aus­si une dimen­sion psy­chologique dans la télémédecine et le sen­ti­ment que l’équipe médi­cale veille sur eux même si elle n’est pas présente est très fort.