Hervé GISSEROT, Prési­dent du Leem (le Leem est l’organisation pro­fes­sion­nelle qui fédère et représente les entre­pris­es du médica­ment présentes en France).

Com­ment l’in­dus­trie et les étab­lisse­ments de san­té peu­vent-ils tra­vailler ensem­ble plus har­monieuse­ment ? 
Les étab­lisse­ments de san­té, qu’ils soient publics ou privés, répon­dent tous à des préoc­cu­pa­tions de san­té publique. Il en va de même de nos entre­pris­es, dont la mis­sion pre­mière est de con­cevoir et de met­tre à la dis­po­si­tion des patients et du corps médi­cal des médica­ments sûrs et effi­caces. C’est ain­si que nos liens avec les étab­lisse­ments s’articulent autour du développe­ment de la recherche et de l’accès à l’innovation, tout en garan­tis­sant la sécu­rité du patient et le bon usage du médica­ment. Sur ce ver­sant de nos rela­tions, il est essen­tiel de dévelop­per des liens de con­fi­ance pour per­me­t­tre l’essor de la recherche clin­ique et la dif­fu­sion opti­male du pro­grès thérapeu­tique dans les étab­lisse­ments. Il importe égale­ment de répon­dre au besoin de retour d’information patients-médica­ments, notam­ment dans le suivi des patients dans le cadre des RTU, des ATU et des essais clin­iques, mais aus­si de ren­forcer les sig­nale­ments de phar­ma­covig­i­lance dans le cadre d’un con­trôle ren­for­cé des médica­ments dans la vie réelle. Enfin, si l’on veut per­me­t­tre aux dif­férents par­tis de tra­vailler plus har­monieuse­ment, il con­viendrait que les déci­sions admin­is­tra­tives de prise en charge des médica­ments soient partagées en amont avec les acteurs hos­pi­tal­iers et indus­triels afin d’anticiper la mise à dis­po­si­tion du médica­ment, notam­ment lorsque les modal­ités d’accès au traite­ment sont mod­i­fiées, à l’exemple de la liste en sus. S’agissant du ver­sant plus économique et com­mer­cial de nos rela­tions, des efforts d’harmonisation sont pos­si­bles, dans un con­texte de con­traintes budgé­taires dont nous sommes par­faite­ment con­scients. Ain­si, la ten­dance à la mas­si­fi­ca­tion des achats devrait – si l’on veut en faire un vrai levi­er d’efficience – s’accompagner d’une har­mon­i­sa­tion des échanges de don­nées entre acheteurs et four­nisseurs, d’une sim­pli­fi­ca­tion des appels d’offres, ou encore d’une général­i­sa­tion de la dématéri­al­i­sa­tion des procé­dures de marché, accom­pa­g­née d’une plus forte respon­s­abil­i­sa­tion de l’acheteur. Enfin, je crois impor­tant de bien pren­dre en compte la qual­ité phar­ma­ceu­tique dans les critères prési­dant aux achats, ain­si que l’intégration dans le prix du médica­ment des dimen­sions envi­ron­nemen­tales et san­i­taires, afin de fonder la déci­sion d’achat, non pas tou­jours sur le « moins dis­ant », mais sur le « mieux dis­ant ».

Com­ment coor­don­ner la recherche et développe­ment entre le Leem et les étab­lisse­ments ? 
En matière de recherche clin­ique, des pro­grès sont pos­si­bles pour demeur­er par­mi les grands pays de la recherche et pour faire béné­fici­er les malades des avancées de la recherche fon­da­men­tale. Sou­vent pra­tiquée en parte­nar­i­at avec les hôpi­taux, beau­coup moins avec les étab­lisse­ments privés, la recherche clin­ique con­tribue au niveau élevé d’expertise médi­cale des pro­fes­sion­nels hos­pi­tal­iers en France. Son main­tien et son développe­ment sont essen­tiels pour garan­tir l’accès aux soins de haute tech­nolo­gie qui accom­pa­g­neront les médica­ments de demain. Les Cen­tres de lutte con­tre le can­cer sont exem­plaires dans ce domaine. La France a glob­ale­ment main­tenu sa posi­tion ces dernières années, avec notam­ment la créa­tion du CeNGEPS pour faciliter le recrute­ment des patients, et grâce à une exper­tise recon­nue dans les domaines thérapeu­tiques de l’oncologie, des mal­adies rares, des vac­cins et du car­dio­vas­cu­laire. Cepen­dant, la posi­tion de la France reste frag­ile. Les enquêtes menées tous les deux ans par le Leem depuis 2006, mon­trent un effrite­ment des posi­tions français­es en matière de recherche clin­ique. L’amélioration observée sur les délais de mise en place des essais à l’hôpital, bien que sig­ni­fica­tive, reste insuff­isante et il est néces­saire de pour­suiv­re les actions en faveur de la sim­pli­fi­ca­tion de la ges­tion des con­trats d’études réal­isées à l’hôpital.

Enfin, la cam­pagne tar­i­faire 2013 s’est sol­dée par une baisse des tar­ifs des actes de 0,57% pour les étab­lisse­ments, alors même qu’ils ne pren­nent pas l’in­fla­tion en compte, depuis presque 3 ans. Com­ment voyez-vous l’avenir ? 
Comme notre indus­trie, le secteur hos­pi­tal­ier évolue dans un con­texte de pres­sion budgé­taire max­i­male. Les tar­ifs de l’hospitalisation privée n’ont pas évolué depuis main­tenant trois ans, alors même que vos charges aug­mentent. Cette sit­u­a­tion est d’autant plus préoc­cu­pante que les étab­lisse­ments privés ont le sen­ti­ment d’avoir été des acteurs respon­s­ables de la maîtrise des dépens­es. Or, dans ce con­texte économique extrême­ment con­traint, l’hospitalisation française doit faire face à des défis de plus en plus lourds. Les entre­pris­es du médica­ment con­nais­sent, elles aus­si, une muta­tion pro­fonde de leur mod­èle de recherche et de leur mod­èle économique. Nous avons con­nu en 2012 un recul his­torique de notre chiffre d’affaires en ville pour les médica­ments rem­boursables et une stag­na­tion à l’hôpital. Or, le médica­ment, qui ne représente que 15 % des dépens­es d’assurance mal­adie, con­tribue à hau­teur de 50 % aux efforts de maîtrise, et restitue dans le sys­tème de san­té des gains de pro­duc­tiv­ité de plus en plus con­séquents. Ce qui est vrai pour le médica­ment l’est aus­si pour votre secteur : nous avons réal­isé d’énormes efforts de pro­duc­tiv­ité ces dernières années, dans un con­texte de maîtrise des dépens­es con­duisant à une réces­sion de notre chiffre d’affaires. Il appar­tient aux pou­voirs publics de ne pas décourager les acteurs les plus vertueux et les plus effi­cients du sys­tème de san­té, et de ne pas étouf­fer le dynamisme de ces secteurs qui con­tribuent forte­ment à l’économie et à l’emploi.