Dr. Mar­tial OLIVIER-KOEHRET, médecin général­iste à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône, 70) et respon­s­able de l’association «Soins coor­don­nés»

Vous vous élevez con­tre le pro­jet de loi sur les fil­ières de soin, pourquoi ? 
L’arrivée de cette propo­si­tion de loi, à l’initiative de députés, anciens de la Mutu­al­ité Française, nous sem­ble inac­cept­able. C’est pra­ti­quer la médecine comme d’autres gèrent les répa­ra­tions de car­rosseries lorsque votre assureur vous enjoint d’aller voir le car­rossier qu’il a agréé. Sauf que, dans le cas présent, il s’agit de médecine et de san­té : cette propo­si­tion de loi attente à la lib­erté de choix des patients et crée pour les mutuelles une clien­tèle cap­tive. La Mutu­al­ité Française est claire : il s’agit d’échanger des flux de patients garan­tis con­tre des baiss­es de tar­ifs. Elle devient décideur de l’endroit où les patients doivent se faire soign­er. De plus, met­tre en place un rem­bourse­ment dif­féren­cié va à l’encontre des principes fon­da­men­taux de la Mutu­al­ité Française elle-même, soit, un rem­bourse­ment iden­tique pour une même presta­tion entre tous les adhérents. En tant que médecin, je refuse de soign­er les patients en fonc­tion de leur sys­tème de rem­bourse­ment, et c’est ce à quoi con­duit cette propo­si­tion de loi. L’autre dan­ger, c’est que les mutuelles pèsent sur les prix, et donc, in fine, sur nos choix thérapeu­tiques. Cela revient à met­tre en cause notre indépen­dance et notre capac­ité à soign­er. Rap­pelons que la Cour européenne s’est pronon­cée claire­ment con­tre ce genre de mono­pole, pour éviter la con­cur­rence déloyale. Les mutuelles n’ont pas voca­tion à édicter des sur- (ou sous) recom­man­da­tions par rap­port aux recom­man­da­tions publiques.

 

Dans quelles cir­con­stances la loi a‑t-elle été pro­posée ?
Cela s’est fait à la hus­sarde, sans débat préal­able ni con­sul­ta­tion, ne serait-ce qu’a min­i­ma des per­son­nes immé­di­ate­ment con­cernées. Nous sommes dans une sit­u­a­tion absurde : les mutuelles engrangent chaque année 33 mil­liards de coti­sa­tions, pour seule­ment 22 de presta­tions. Leurs coti­sa­tions se sont pour­tant envolées, avec +4,5 % cette année encore. Au pré­texte de faire des économies, ce texte inique, trou­ve en quelques jours une place à l’agenda par­lemen­taire. C’est pourquoi nous avons lancé un appel au retrait de ce texte et au dia­logue.

 

Com­ment avez-vous organ­isé votre protes­ta­tion ?
Nous avons com­mencé par lancer une péti­tion pour la défense de l’accès aux soins et l’indépendance de la pro­fes­sion : elle a déjà récolté plus de 25 000 sig­na­tures, pro­fes­sion­nels de san­té de tous hori­zons, étu­di­ants en san­té et citoyens. Nous sommes par ailleurs four­nisseurs d’outils de con­tacts à l’endroit des par­lemen­taires, mais égale­ment d’affiches et de fly­ers à des­ti­na­tion des pro­fes­sion­nels, afin qu’ils puis­sent informer leur patien­tèle du risque encou­ru. Un blog: pourlasauve­g­ard­edessoins­de­proximite.wordpress.com,  et un fil twit­ter tien­nent par ailleurs la com­mu­nauté au courant au jour le jour de l’avancée du texte. Cette nou­velle approche, qui priv­ilégie une action de ter­rain aux grandes déc­la­ra­tions nationales, a porté ses fruits : le com­bat n’est pas ter­miné, mais cer­tains séna­teurs com­men­cent à reculer et le texte n’a pour le moment pas encore été inscrit à l’agenda de la haute assem­blée. Aujourd’hui, la puis­sance publique doit fix­er des règles aux com­plé­men­taires de san­té, pour éviter des atteintes aux droits fon­da­men­taux des malades que sont la lib­erté de choix et l’é­gal­ité de rem­bourse­ment.