(com­mu­niqué de presse)

La con­ver­gence tar­i­faire et une ratio­nal­i­sa­tion de la dota­tion MIGAC aux hôpi­taux per­me­t­traient d’économiser chaque année entre 7 à 11 mil­liards d’euros et remet­traient l’assurance mal­adie à l’équilibre

Les tar­ifs des clin­iques coû­tent 22% de moins à la Sécu­rité sociale que ceux de l’hôpital pub­lic

Les hôpi­taux publics sont tou­jours en déficit et leur dette atteint désor­mais … 24 mil­liards d’euros

 

La FHP-MCO, fédéra­tion des clin­iques et hôpi­taux privés spé­cial­isés en médecine, chirurgie, obstétrique, estime que le Pro­jet de loi sur le finance­ment de la Sécu­rité sociale (PLFSS) pour 2012 est une nou­velle occa­sion man­quée de pren­dre les mesures d’économies dras­tiques qui s’imposent pour rétablir l’équilibre du bud­get de l’assurance mal­adie et traiter enfin sur un même pied d’égalité les secteurs hos­pi­tal­iers pub­lic et privé.

« Le con­texte de crise grave dans laque­lle notre pays est plongé impose de pren­dre des déci­sions courageuses et respon­s­ables. Or le pro­jet actuelle­ment en débat au par­lement ne prend pas la mesure de la crise. L’assurance mal­adie est en déficit sans dis­con­tin­uer depuis 1988, accu­mu­lant en 23 ans plus de 120 mil­liards d’euros de dette. Comme l’a dit récem­ment François de Clos­ets, nous sommes la ‘généra­tion de la honte’ car nous léguons à nos enfants une dette sociale cat­a­strophique », con­state Lamine Ghar­bi, prési­dent de la FHP-MCO, qui regroupe quelque 600 étab­lisse­ments privés en France.

Con­ver­gence tar­i­faire : 7 mil­liards d’euros d’économies pos­si­bles

Le PLFSS vise un nou­veau déficit pour la branche assur­ance mal­adie à 5,9 mil­liards d’eu­ros en 2012. Le plan Fil­lon annon­cé aujourd’hui prévoit désor­mais une pro­gres­sion des dépens­es de san­té ramenée de 2,8 à 2,5%, soit 700 mil­lions d’euros d’économies.

« Ce pro­jet de bud­get n’est tou­jours pas à la hau­teur des enjeux de la grave crise que nous tra­ver­sons. Nous sommes encore très loin du compte. Il faut s’attaquer aux dépens­es et aux gise­ments d’économies qui exis­tent en met­tant fin aux dys­fonc­tion­nements et aux gaspillages des ressources à l’hôpital pub­lic. La Cour des Comptes esti­mait en sep­tem­bre à 7 mil­liards d’euros annuels le mon­tant des économies pos­si­bles par la seule mise en œuvre de la con­ver­gence des tar­ifs public/privé », rap­pelle Lamine Ghar­bi.

« La con­ver­gence tar­i­faire, ce sont des économies pour la Sécu­rité sociale, et donc pour la col­lec­tiv­ité. Où est la volon­té poli­tique d’aboutir sur ce sujet ? Pourquoi avoir réduit l’objectif pour 2012 à 100 mil­lions d’euros (con­tre 150 en 2011), alors qu’il faudrait être sur un rythme annuel d’un mil­liard par an d’économies pour espér­er la voir réal­isée en 2018 ? », s’indigne le prési­dent de la FHP-MCO.

La con­ver­gence des tar­ifs hos­pi­tal­iers des étab­lisse­ments publics et privés, ini­tiale­ment prévue en 2012, a été repoussée par le gou­verne­ment Fil­lon à 2018.

Actuelle­ment, sur l’ensemble des presta­tions hos­pi­tal­ières (par exem­ple une opéra­tion de la hanche ou une césari­enne), la Sécu­rité sociale rem­bourse à une clin­ique 22% de moins en moyenne qu’à un hôpi­tal pub­lic ([1]), sans qu’aucune étude objec­tive de coût ne puisse jus­ti­fi­er les raisons d’un tel sur­coût des tar­ifs du secteur pub­lic.

« Qu’at­tend-on pour traiter enfin sur un pied d’é­gal­ité les secteurs hos­pi­tal­iers pub­lic et privé sur la ques­tion des tar­ifs ? Rien que cette mesure remet­trait l’assurance-maladie à l’équilibre. En réal­ité, le gou­verne­ment n’est pas sérieux et se moque du monde. Nous faire croire qu’il pour­ra réalis­er la con­ver­gence d’ici 2018, alors qu’à ce rythme, elle ne sera pas achevée avant la fin du siè­cle, c’est vouloir nous faire pren­dre des vessies pour des lanternes », affirme le prési­dent de la FHP-MCO.

Hôpi­taux : cul­ture du déficit et endet­te­ment de 24 mil­liards d’euros

Des gise­ments impor­tants d’économies exis­tent. L’hôpital pub­lic peine à se restruc­tur­er, comme le con­state régulière­ment la Cour des Comptes : ges­tion calami­teuse des ressources, sur­ef­fec­tifs, ser­vices en sous-activ­ité, taux d’occupation des lits à 25% ou 50%, déci­sions d’investissements hasardeuses, médecins aux rémunéra­tions gon­flés, indi­ca­teurs de pro­duc­tion inférieurs à la moyenne, absen­téisme record.… Dans de nom­breux hôpi­taux, la somme des prob­lèmes et des gâchis ne man­quent pas, comme le con­sta­tent régulière­ment des rap­ports offi­ciels ([2]).

En dépit du con­texte de crise, les hôpi­taux publics ont con­tin­ué à recruter : 15.000 nou­veaux fonc­tion­naires (+ 1,4%) en 2009 ([3]).

Sur le plan financier, en dépit de ressources tou­jours plus abon­dantes, les choses ne s’améliorent guère. En 2010, le nom­bre d’hôpitaux en déficit a aug­men­té, pas­sant de 338 à 434, soit 41% des étab­lisse­ments. Année après année, les déficits s’accumulent : 530 mil­lions d’euros en 2010, 480 M€ en 2009, 561 M€ en 2008, 690 M€ en 2007. Sur ces seuls qua­tre derniers exer­ci­ces, le déficit cumulé s’inscrit à 2,26 mil­liards d’euros. Selon la Cour des Comptes, l’endettement des hôpi­taux totalise 24 mil­liards d’euros[4].

« Va-t-on con­tin­uer longtemps dans cette voie en con­tin­u­ant de gon­fler la dette sociale ?  Il faut accélér­er le mou­ve­ment et faire de réels efforts pour réor­gan­is­er les hôpi­taux, en allant s’il le faut jusqu’à une mise sous tutelle tem­po­raire », souligne le prési­dent de la FHP-MCO.

La « boîte noire »des MIGAC : un dou­ble­ment depuis 2005

La FHP-MCO réclame égale­ment la ratio­nal­i­sa­tion de la dota­tion MIGAC, cen­sée cou­vrir le finance­ment des mis­sions d’intérêt général des hôpi­taux, d’un mon­tant de 8,3 mil­liards d’euros, ce qui per­me­t­trait là aus­si d’économiser au moins 4 mil­liards d’euros.

La sit­u­a­tion finan­cière des hôpi­taux s’aggrave, et ce alors que la dota­tion budgé­taire MIGAC, cen­sée financer les mis­sions d’intérêt général de l’hôpital, a dou­blé entre 2005 et 2011, pas­sant de 4 à 8,3 mil­liards d’euros, bien au-delà de ce que l’élargissement du périmètre d’intervention des hôpi­taux pour­rait expli­quer.

Les dota­tions MIGAC représen­tent 22% des recettes des hôpi­taux publics. « Si une par­tie des MIGAC sert effec­tive­ment à financer des mis­sions ne pou­vant être soumis­es aux vari­a­tions de l’activité réal­isée, une autre par­tie est une véri­ta­ble «’boîte noire’ qui sert surtout à combler les déficits des étab­lisse­ments publics par des dota­tions excep­tion­nelles. Cela revient à figer, voire aggraver, les sit­u­a­tions économiques et finan­cières des struc­tures de soins, en igno­rant le « juste prix » qui per­met de rémunér­er le méti­er pre­mier des étab­lisse­ments, c’est-à-dire les activ­ités de soins », note Lamine Ghar­bi.

Pour le PLFSS 2012, la FHP-MCO pro­pose donc :

–      que la con­ver­gence tar­i­faire soit pour­suiv­ie et ampli­fiée afin de pro­duire au moins 250 mil­lions d’euros d’économies (con­tre 100 M€ prévu actuelle­ment, ce qui est insuff­isant)

–      que les économies ain­si réal­isées se traduisent par une reval­ori­sa­tion des tar­ifs de 1,2%, avec une pri­or­ité don­née aux tar­ifs aujourd’hui inférieurs aux coûts de pro­duc­tion.

–      que l’enveloppe  MIGAC soit réduite et requal­i­fiée sous forme tar­i­faire pour tout ou par­tie du mon­tant de l’enveloppe ini­tiale (4 mil­liards d’euros en 2005), mon­tant qui reste aujourd’hui tou­jours inex­pliqué.

La FHP-MCO con­tin­ue de réclamer un grand plan de per­for­mance à l’hôpital qui vise à une plus grande effi­cience du secteur hos­pi­tal­ier pub­lic.

« Les clin­iques et hôpi­taux privés ont mon­tré qu’il était pos­si­ble de se restruc­tur­er pour être plus effi­cient sans porter atteinte à la qual­ité et à la sécu­rité des soins. Il est grand temps que l’hôpital fasse à son tour cet effort de mod­erni­sa­tion et enraye la spi­rale inex­orable des déficits. Car, comme l’a souligné le prési­dent de la République, ce sont au final nos conci­toyens qui auront à combler le trou », con­clut Lamine Ghar­bi.


([1]) Rap­port 2011 au Par­lement sur la con­ver­gence tar­i­faire, min­istère de la San­té

([2])  cf. par exem­ple, rap­port 2009 sur la Sécu­rité Sociale, Cour des Comptes

([3])  rap­port annuel de la Fonc­tion publique (Les Echos, 6 oct. 2011)

([4]) rap­port Cour des Comptes, juil­let 2011