Claude Cheza­ud est Directeur général de CTC Con­seil, Paris

CTC Con­seil pub­lie chaque année depuis 20 ans l’Observatoire économique des clin­iques privées qui s’appuie sur des méth­odes validées par des organ­ismes extérieurs (ENSAE*). L’Observatoire est le résul­tat d’analyses appro­fondies et indi­vid­u­al­isées des comptes des étab­lisse­ments, croisées aux don­nées PMSI et com­plétées par un ques­tion­naire détail­lé.

Les résul­tats pour 2010 de l’Observatoire économique des clin­iques privées ont été pub­liés la semaine dernière, dans quelle sit­u­a­tion se trou­ve notre secteur ?
Rétro­spec­tive­ment sur les 20 dernières années, c’est la deux­ième fois que l’Observatoire note une sit­u­a­tion cri­tique des clin­iques et la pre­mière fois dans de telles pro­por­tions. En 2010, le résul­tat net du secteur privé MCO est négatif à hau­teur de 1,4 % du chiffre d’affaires avec 75 % des étab­lisse­ments se situ­ant en dessous du seuil de résul­tat net min­i­mum pré­con­isé. Les charges d’exploitation rel­a­tives aux soins ont représen­té 93,6 % du chiffre d’affaires des étab­lisse­ments tan­dis que les rem­bourse­ments de l’assurance mal­adie ne cor­re­spon­dent qu’à 88,8% du chiffre d’affaires. Les soins sont donc financés par des recettes annex­es dans une pro­por­tion de plus en plus impor­tante.

Quelles évo­lu­tions avez-vous notées ces 5 dernières années ?
En 2005, 15 % des étab­lisse­ments avaient un EBE ** négatif, en 2010 ils sont 29 %. De même en 2005, 21 % des étab­lisse­ments avaient un résul­tat net défici­taire, ils sont aujourd’hui 43 %. Le prob­lème est que les 57% des étab­lisse­ments béné­fi­ci­aires ne parvi­en­nent plus à combler le déficit des autres. Le secteur est donc glob­ale­ment défici­taire. C’est une ten­dance con­statée depuis 5 ans et celle-ci va en s’aggravant avec des marges de manœu­vre de plus en plus réduites pour les étab­lisse­ments.

Quels sont vos pronos­tics pour les années à venir ?

C’est très dif­fi­cile d’en faire. Les tar­ifs ont grand peine à évoluer et les charges, avec un vieil­lisse­ment con­stant des salariés, vont aug­menter. On s’attend à une aug­men­ta­tion de plus de 3% au moins en 2012. Les solu­tions ne sont pas nom­breuses. En effet, le secteur privé ne cesse de se réor­gan­is­er et de s’adapter aux con­traintes (baisse de 44% en nom­bre des étab­lisse­ments depuis 1990, regroupe­ments, etc.). On note d’ailleurs que les étab­lisse­ments ayant un fort chiffre d’affaires (30 mil­lions +) présen­tent en général des résul­tats posi­tifs. L’hospitalisation privée est indu­bitable­ment con­trainte à réalis­er des gains de pro­duc­tiv­ité — notam­ment en matière d’organisation, sans touch­er à la qual­ité des soins et à la sécu­rité — à exploiter au mieux les marges de manœu­vre qui exis­tent et à faire des choix stratégiques basés sur des cal­culs médi­co-économiques. Je reste tout de même opti­miste car le secteur privé a tou­jours été un « bon élève » (sou­vent mal récom­pen­sé). Cepen­dant les marges de manœu­vre sont de plus en plus faibles et il faut être con­scient que les lim­ites du pos­si­ble sont presque atteintes.

Com­mu­niqué de presse FHP-MCO le 18 octo­bre 2011

* École nationale de la sta­tis­tique et de l’ad­min­is­tra­tion économique
** Excé­dent brut d’ex­ploita­tion