Michel ARNAUD du groupe B. Braun, Avi­tum, Directeur du Cen­tre d’Hémodialyse des Alpes à Manosque (04), mem­bre du groupe de tra­vail FHP-MCO sur la télémédecine.

Quelles sont d’après-vous les plus grandes avancées dans la prise en charge de l’in­suff­i­sance rénale ces 10 dernières années ?

C’est juste­ment le thème de la journée thé­ma­tique de la FHP Dial­yse du mar­di 7 juin qui abor­dera le par­cours du patient insuff­isant rénal chronique, sa vie avec la mal­adie et l’évolution de sa prise en charge.
De manière générale sur le plan tech­nique, la grande avancée a été l’évolution des plateaux de soins au regard des évo­lu­tions régle­men­taires de 2002 appor­tant une restruc­tura­tion impor­tante des struc­tures de prise en charge des patients dialysés. Au niveau médi­cal, le développe­ment de l’hémodiafiltration on line est une avancée notable, tout comme le ren­force­ment de la sécu­rité et la qual­ité de la séance de dial­yse par les mesures on line (dose de dial­yse avec Adiméa, mesure du KT/V, mesure de la volémie, mesure de l’urée etc…).
En tant que directeur de cen­tre de dial­yse qui ren­con­tre et côtoie les patients sur le long terme, je témoigne que l’avancée s’est faite aus­si dans la val­ori­sa­tion et la pro­fes­sion­nal­i­sa­tion de l’éducation thérapeu­tique du patient. L’éducation thérapeu­tique du patient dialysé est un proces­sus con­tinu, dont le but est d’aider les patients à acquérir ou main­tenir les com­pé­tences dont ils ont besoin pour gér­er au mieux leur vie de malade chronique. L’Education thérapeu­tique fait par­tie inté­grante et de façon per­ma­nente de la prise en charge du patient dans nos étab­lisse­ments. La mise en place de cette démarche a été plébisc­itée par les soignants, très attachés aux patients qu’ils suiv­ent par­fois depuis des dizaines d’années. Nous y avons asso­cié un tra­vail sur le ren­force­ment de l’estime de soi du patient grâce à des séances de réflex­olo­gie plan­taire par­ti­c­ulière­ment appré­ciées et béné­fiques. Comme vous le voyez, la notion de prise en charge glob­ale n’est pas un mot banal­isé dans nos étab­lisse­ments.

Quelles inno­va­tions peut-on atten­dre à l’avenir?
C’est indé­ni­able­ment le développe­ment d’une inter­face glob­ale des don­nées médi­cales et biologiques reliées à celles du généra­teur afin de sécuris­er et d’informatiser totale­ment le dossier patient. A mon niveau je me suis impliqué sur l’aspect télémédecine car c’est une inno­va­tion qui peut per­me­t­tre de sécuris­er la prise en charge de patients demeu­rant dans des zones géo­graphiques éloignées des cen­tres ou isolées en péri­odes d’intempéries. Notre départe­ment alpin en est un par­fait exem­ple. Le lien entre le cen­tre et le patient doit cepen­dant rester très fort et har­monieux. C’est un chantier encore en développe­ment car il n’est pas facile à met­tre en place avec une pop­u­la­tion vieil­lis­sante et des iné­gal­ités régionales impor­tantes. Dans le cadre du groupe de tra­vail FHP sur la télémédecine, nous tra­vail­lons sur l’élaboration d’un cahi­er des charges qui per­me­t­tra aux por­teurs de pro­jets de dis­pos­er d’un out­il com­plet et facile­ment util­is­able pour men­er à bien leur démarche. La mutu­al­i­sa­tion des expéri­ences régionales, voire locales au sein de ce groupe de tra­vail et l’esprit prag­ma­tique impul­sé par le doc­teur Dominique Poels, coor­di­na­teur de la com­mis­sion FHP télémédecine, sont des atouts pour aider les étab­lisse­ments privés dans les rela­tions à con­duire avec les ARS et les étab­lisse­ments publics.

Quelle est et sera la place du secteur privé dans cette prise en charge ?
Le secteur privé est por­teur d’idées et souhaite pou­voir tou­jours répon­dre présent à l’évolution de la prise en charge des patients insuff­isants rénaux. Cepen­dant, il faut recon­naître qu’il est de plus en plus dif­fi­cile de mon­ter des pro­jets inno­vants pour nos patients avec le peu de recon­nais­sance et de moyens économiques dont nous dis­posons.
Je suis assez inqui­et de la baisse du prix de la journée en cen­tre que nous subis­sons alors que la ten­dance est l’arrivée de patients plus âgés, présen­tant de lour­des patholo­gies asso­ciées et par­fois atteints de trou­bles du com­porte­ment. Nous con­sta­tons un vieil­lisse­ment de la pop­u­la­tion accueil­lie avec un âge moyen des nou­veaux patients chroniques de 75 ans. Une large majorité d’entre eux souf­frent de fac­teurs médi­caux aggra­vants. Cette réal­ité de ter­rain néces­site une prise en charge ren­for­cée.
Nous aurons, l’opportunité d’aborder ces sujets le mar­di 7 juin 2011, à la journée « dial­yse » pilotée par la FHP, avec les autorités de tutelles, les représen­tants de l’état et les asso­ci­a­tions d’usagers, avec lesquels nous sommes en dia­logue con­stant et qui con­nais­sent nos objec­tifs de qual­ité et de sécu­rité des soins. Je souhaite que les prob­lé­ma­tiques que nous ren­con­trons soient iden­ti­fiées et recon­nues car les ori­en­ta­tions tutélaires (avec l’accent mis sur l’auto-dialyse et la prise en charge en dial­yse péri­tonéales) sont trop sou­vent con­traires à la « vraie vie » de nos étab­lisse­ments et des patients.