Marie-Odile Desana, Prési­dente de l’Union nationale des asso­ci­a­tions France Alzheimer et mal­adies appar­en­tées

Quelle est votre perception de notre système de santé actuel et de l’hospitalisation privée ?

Ma réponse sera for­cé­ment lim­itée, puisque je pré­side une asso­ci­a­tion qui s’occupe surtout de ques­tions rel­e­vant du secteur médi­co-social et non du secteur san­i­taire. Je pense que glob­ale­ment, l’hôpital, privé ou pub­lic, est un lieu de soin tech­nique qui n’a pas encore dévelop­pé suff­isam­ment la cul­ture d’accompagnement des patients, qui est une des mis­sions de France Alzheimer.

Pensez-vous que les dépasse­ments d’hono­raires con­stituent un frein dans le développe­ment de l’hos­pi­tal­i­sa­tion privée ? Pourquoi ?
Sur le volet financier, je peux par­ler des dif­fi­cultés ren­con­trées par les familles qui ont un malade Alzheimer à charge. Dans les faits, nos adhérents souf­frent surtout des très fortes dépens­es liées aux soins dis­pen­sés à domi­cile, mais aus­si à l’augmentation du tick­et mod­éra­teur, notam­ment pour ceux qui sont vic­times de poly­patholo­gies. Sujet qui nous ren­voie au pro­jet con­tro­ver­sé de réforme du finance­ment de la dépen­dance qui devrait s’engager avant la fin de l’année. Le rap­port par­lemen­taire Rosso-Debord, sor­ti récem­ment et qui doit inspir­er le pro­jet de loi, con­tient des propo­si­tions que nous jugeons inac­cept­a­bles. Notam­ment la sup­pres­sion de l’allocation per­son­nal­isée d’autonomie (APA) pour les per­son­nes en GIR4, un comble quand on sait que le mon­tant actuel de l’APA est déjà trop faible. Quant à l’instauration d’une assur­ance dépen­dance oblig­a­toire à par­tir de 50 ans, pro­posée égale­ment par le rap­port, elle nous éloigne du principe d’allocation basée sur la sol­i­dar­ité uni­verselle que nous défendons ardem­ment. Une prise en charge finan­cière encore plus iné­gal­i­taire qu’au­jour­d’hui sem­ble se dessin­er. Seuls les plus nan­tis auront accès à des étab­lisse­ments de qual­ité quand le main­tien à domi­cile ne sera plus pos­si­ble.

En per­spec­tive du Con­grès avec les représen­tants des usagers de la FHP-MCO le 14 sep­tem­bre 2010, quels mes­sages aimeriez-vous faire pass­er ?
Pré­cisons d’abord que, dans l’idéal, nous souhai­te­ri­ons que les per­son­nes souf­frant de la mal­adie d’Alzheimer ou appar­en­tée soient accueil­lies dans des étab­lisse­ments spé­ci­fique­ment conçus pour eux. Dans les faits, on sait que beau­coup de per­son­nes souf­frant de trou­bles cog­ni­tifs tran­si­tent par l’hôpital. Il nous sem­ble donc très impor­tant que les per­son­nels soignants hos­pi­tal­iers — comme les équipes tra­vail­lant en EHPAD — reçoivent une for­ma­tion adéquate. La for­ma­tion des infir­mières et aides-soignants devrait par exem­ple con­tenir un mod­ule con­sacré à la mal­adie d’Alzheimer. Car les malades Alzheimer ont besoin d’une atten­tion toute par­ti­c­ulière, qu’englobe la notion de « soin rela­tion­nel ». Le manque de con­nais­sances place per­son­nels soignants et malades dans des sit­u­a­tions de stress. Désamorcer l’anxiété chez une per­son­ne malade est une chose qui s’apprend. C’est d’ailleurs pourquoi France Alzheimer pro­pose des for­ma­tions pour les per­son­nels soignants et les psy­cho­logues. Tou­jours à pro­pos de l’amélioration des con­di­tions de vie à l’hôpital, je trou­ve que la représen­ta­tion des usagers est impor­tante. Toute­fois, étant moi-même mem­bre d’une CRUCQ, je con­state qu’il est pour beau­coup très dif­fi­cile de rem­plir cette mis­sion cor­recte­ment. Notam­ment parce que les frais de déplace­ments ne sont pas rem­boursés. Ce dernier point ne peut qu’être dis­suasif pour un cer­tain nom­bre de per­son­nes volon­taires mais qui n’ont pas les moyens.