Solenn RICORDEL, présidente de l’association Jeune et Rose
Pouvez-vous nous présenter l’association Jeune et Rose ?
Jeune et Rose est née de la rencontre entre Christelle et Mélanie, toutes deux jeunes mamans et patientes atteintes d’un cancer du sein à Bordeaux. Leur oncologue les a mises en relation, pensant qu’elles pourraient s’entraider. Le duo a immédiatement fonctionné et elles ont décidé de créer Jeune et Rose pour promouvoir cette entraide entre jeunes femmes touchées par la maladie. Aujourd’hui, l’association compte plus de 120 ambassadrices réparties sur tout le territoire français.
L’objectif est de rompre l’isolement que ressentent souvent les jeunes patientes, mais aussi de répondre aux problématiques spécifiques à leur âge : parentalité, carrière professionnelle, grossesse, sexualité, vie de couple… Car il est souvent plus facile d’en parler avec des personnes qui vivent la même expérience.
Comment Jeune et Rose s’adresse-t-elle aux femmes ?
Sur le terrain, chaque ambassadrice est libre d’organiser les activités qu’elle souhaite : cela peut aller d’un simple pique-nique, d’une balade, d’un café partagé, jusqu’à des sorties culturelles, des ateliers créatifs ou sportifs. L’idée est de penser à tout… sauf au cancer.
Ces rencontres sont aussi l’occasion d’échanger des astuces, de partager des conseils pratiques. Les groupes WhatsApp permettent des discussions quotidiennes : questions sur les effets secondaires, recommandations, rendez-vous informels pour se confier.
Nous organisons également des visioconférences thématiques et des podcasts. Chaque patiente inscrite aux visioconférences reçoit un colis en lien avec la conférence. Tout est pensé pour favoriser la bienveillance et le partage d’expérience, afin que chacune puisse se confier librement, sans jugement.
Quel rôle jouez-vous au niveau des tutelles ?
En début d’année, Jeune et Rose a défendu le projet de loi visant à créer un registre national des cancers. Il est essentiel, selon nous, de disposer d’un décompte précis des cas par région pour mieux comprendre d’éventuelles causes exogènes ou environnementales, et ainsi orienter les politiques de prévention. Notre action proactive s’apparente à du lobbying.
Nous menons aussi de nombreuses actions de prévention auprès du grand public et des professionnels de santé pour sensibiliser au cancer chez les jeunes femmes. Malheureusement, encore trop de jeunes patientes ne sont pas écoutées lors de leur première consultation, alors même qu’elles avaient détecté une anomalie dans leur poitrine. Nous rappelons que l’on peut être jeune, enceinte, allaiter… et avoir un cancer.
Dans les lycées, les centres sociaux, nous intervenons pour apprendre aux adolescentes et aux femmes à connaître et à respecter leur corps. Nous adaptons notre discours avec des outils pédagogiques variés : jeux, bandes dessinées, ou encore bustes d’autopalpation. Parfois, certains étudiants sont surpris de voir ce buste d’autopalpation. Ils le trouvent « bizarre », mais il est destiné à faire prendre conscience de son corps. Il n’y a aucun tabou à connaître son corps.
