Frédéric DE BELS, responsable du département prévention à l’Institut national du cancer (INCa) 

Quels sont les thèmes de ce mois de mobil­i­sa­tion con­tre les can­cers du sein ?

San­té publique France indique un taux de par­tic­i­pa­tion à la cam­pagne de dépistage du can­cer du sein de 50,6 % pour l’année 2021. Le retard, qui avait pu être pris lors du pre­mier con­fine­ment, a été en par­tie rat­trapé puisque nous avons gag­né 2 % par rap­port à 2019. Cepen­dant, ce chiffre est insuff­isant sachant que 90 % des femmes se déclar­ent favor­ables à ce dépistage pris en charge par l’Assurance mal­adie et sans avance de frais. Il faut donc pour­suiv­re l’information auprès des femmes con­cernées (les femmes de 50 à 74 ans sans symp­tômes ni fac­teur de risque) afin qu’elles par­ticipent à ce dépistage. Il est impor­tant égale­ment de rap­pel­er qu’un exa­m­en clin­ique est recom­mandé tous les ans, et ce dès 25 ans et sans lim­ite d’âge !

Dépistage et préven­tion sont les deux grands sujets de la cam­pagne dif­fusée par l’Institut nation­al du can­cer. Sur le dépistage du can­cer du sein, l’Institut dif­fuse un nou­veau spot TV relayé égale­ment sur le dig­i­tal et accom­pa­g­né de mes­sages sur les réseaux soci­aux. Il s’adresse directe­ment aux femmes car elles sont les plus à même de décider de par­ticiper régulière­ment au dépistage. La sig­na­ture « Faites-vous dépis­ter tous les 2 ans, vous vous en remercierez » s’inscrit dans le pro­longe­ment des mes­sages de préven­tion con­tre tous les can­cers. Un livret d’information est égale­ment pro­posé. Il délivre une infor­ma­tion claire et sci­en­tifique­ment argu­men­tée sur les béné­fices et les lim­ites de ce dépistage. Il aide les femmes à mieux en com­pren­dre les enjeux et l’impact sur leur san­té. Il reprend égale­ment un con­tenu sur la préven­tion des fac­teurs de risques évita­bles de can­cers, levi­er majeur de la lutte con­tre les can­cers asso­cié au dépistage.

La préven­tion pri­maire, c’est-à-dire la réduc­tion de l’exposition à des fac­teurs de risques évita­bles de can­cers, est fon­da­men­tale. Elle per­met d’éviter 1/3 des can­cers du sein. Il faut donc agir en amont du dépistage afin de lim­iter le risque de dévelop­per ce can­cer. Les fac­teurs de risque évita­bles comme l’alcool, le sur­poids, le manque d’exercice physique, une ali­men­ta­tion déséquili­brée, le tabag­isme sont respon­s­ables de 20 000 can­cers du sein par an dont près de 15 % sont imputa­bles à la con­som­ma­tion d’alcool. Le mes­sage sur les repères de con­som­ma­tion « Pour votre san­té, l’al­cool, c’est max­i­mum deux ver­res par jour et pas tous les jours » doit être rap­pelé régulière­ment.

Sur la par­tic­i­pa­tion au dépistage du can­cer du sein, il existe de fortes dis­par­ités régionales. Par exem­ple, en région PACA et en Île-de-France, les taux de par­tic­i­pa­tion sont de plus de 10 à 15 points en deçà de la moyenne nationale même si le dépistage indi­vidu­el est légère­ment supérieur dans ces régions. Sur ces ter­ri­toires, les étab­lisse­ments san­i­taires doivent se mobilis­er pour dif­fuser le mes­sage et favoris­er la par­tic­i­pa­tion des femmes.

Quelles sont les per­spec­tives en matière de dépistage ?

Une étude en faveur d’une adap­ta­tion de la fréquence des dépistages en fonc­tion du niveau de risque estimé est tou­jours en cours. Elle rassem­ble 5 pays, dont la France, et se déroule auprès de 80 000 femmes.

Par ailleurs, les études mon­trent que 20 % des can­cers du sein survi­en­nent avant 50 ans.  L’union européenne a émis une recom­man­da­tion en faveur d’un dépistage dès 45 ans. Ceci devra faire l’objet d’une éval­u­a­tion par la HAS. La recom­man­da­tion européenne abor­de égale­ment la tech­nique de la tomosyn­thèse : coupes suc­ces­sives avec recon­sti­tu­tion ce qui équiv­aut à une image en 3 D. Cette tech­nique d’imagerie est en cours d’évaluation par la HAS et ses con­clu­sions sont atten­dues pour le pre­mier trimestre 2023.

Les col­lec­tiv­ités, le per­son­nel soignant, la pop­u­la­tion sont sen­si­bil­isés aux risques des can­cers du sein mais il faut pour­suiv­re nos efforts pour con­va­in­cre les femmes qui ne réalisent pas ou pas régulière­ment le dépistage. La stratégie décen­nale vise à diver­si­fi­er les acteurs et les réseaux de sen­si­bil­i­sa­tion, les actions de prox­im­ité ou encore les cam­pagnes d’information car chaque con­tact compte.

En sep­tem­bre 2022, le min­istre de la San­té et de la Préven­tion a annon­cé la mise en place de con­sul­ta­tions médi­cales de préven­tion gra­tu­ites à 25, 45 et 65 ans. Celle des 45 ans pour­ra être l’occasion de sen­si­bilis­er à la préven­tion et au dépistage. Ce doit être un temps d’échange sur la san­té offert à cha­cun.