Del­phine REMY, auteure de « Can­cer ? Je gère ! », fon­da­trice du pod­cast « Naître princesse, devenir guer­rière » et à l’ini­tia­tive du « Petit guide pour con­sol­er une per­son­ne malade »

En févri­er 2026 paraî­tra Être là – Con­sol­er et soutenir une per­son­ne malade, un livre né du suc­cès du Petit guide pour con­sol­er une per­son­ne malade, dif­fusé à plus de 200 000 exem­plaires. Ce pre­mier guide, sim­ple et pra­tique, a touché des mil­liers de per­son­nes et per­mis d’ouvrir un dia­logue essen­tiel. Pourquoi cette nou­velle pub­li­ca­tion ? 

Avec Être là, je pour­su­is ce chemin avec un ouvrage plus incar­né, nour­ri de témoignages et d’outils con­crets, qui vient appro­fondir les thèmes abor­dés et offrir un espace encore plus riche pour com­pren­dre, con­sol­er et accom­pa­g­n­er une per­son­ne malade.

Depuis l’annonce de mon can­cer, j’ai con­staté un fos­sé abyssal dans la com­mu­ni­ca­tion entre les malades et les non-malades. Ces derniers ne peu­vent pas savoir ce que vit la per­son­ne malade, et le nou­veau malade est brusque­ment pro­jeté dans un univers qu’il ne con­naît pas.

Mon nou­veau livre, rédigé à par­tir de mon expéri­ence per­son­nelle et de cen­taines de témoignages partagés par la com­mu­nauté du pod­cast Naître princesse, devenir guer­rière a pour objec­tif de flu­id­i­fi­er cette fameuse com­mu­ni­ca­tion entre les malades et leur entourage. Afin que nous, y com­pris moi, ne com­met­tions plus de mal­adress­es lorsque nous nous adres­sons à une per­son­ne malade. Il intè­gre égale­ment des encar­ts écrits par sept per­son­nes vivant avec d’autres mal­adies que le can­cer — mal­adies chroniques, hand­i­caps vis­i­bles ou invis­i­bles — pour élargir la réflex­ion à toutes les per­son­nes con­cernées par la mal­adie.

Il est nor­mal de ne pas savoir com­ment réa­gir, quoi dire ou com­ment se com­porter face à l’annonce de la mal­adie. Cer­taines paroles, même bien inten­tion­nées, peu­vent être mal perçues : les encour­age­ments du type « tu es une guer­rière », « le moral, c’est 90 % de la guéri­son », « le can­cer du sein, c’est un petit can­cer qui se soigne si bien »… Ces min­imi­sa­tions, ces injonc­tions à se relever immé­di­ate­ment après l’annonce de sa mal­adie, à pos­i­tiv­er, à don­ner un sens à sa mal­adie ou à en tir­er quelque chose de grand, sont insup­port­a­bles pour la per­son­ne malade. On ne peut pas deman­der aux patients d’être des héros.

Et puis c’est Octo­bre Rose, rap­pelons que lorsqu’il est détec­té à temps, le can­cer du sein se soigne bien. Cepen­dant, il reste le can­cer qui tue le plus de femmes dans le monde. Il est impor­tant de ne pas min­imiser en par­lant de « petit can­cer ».

Ce livre est aus­si l’aboutissement d’une série de douze pod­casts con­sacrés aux injonc­tions faites aux malades.

Juste­ment, vous pro­posez des cen­taines de pod­casts : à qui s’adressent-ils ?

Les pod­casts sont un espace de partage des­tiné à redonner espoir, bris­er les tabous, aider les patients à se sen­tir moins isolés et offrir des out­ils pour mieux vivre avec et après la mal­adie. Ils sont par­fois même recom­mandés par les soignants, car j’interviewe de nom­breux pro­fes­sion­nels de san­té afin de leur don­ner le temps de détailler ce qu’ils expliquent habituelle­ment aux patientes en con­sul­ta­tion. Ces pod­casts per­me­t­tent d’aborder en pro­fondeur tous les sujets : l’hormonothérapie, la sex­u­al­ité, le can­cer, l’annonce, le retour au tra­vail…

Ils sont autant suiv­is par les patients que par les soignants. Je choi­sis mes inter­venants avec soin pour garan­tir une ressource fiable sur le can­cer et l’après-cancer. Par exem­ple, ma série de pod­casts sur la recon­struc­tion mam­maire (en parte­nar­i­at avec l’Institut du Sein Paris) per­met aux patientes d’arriver mieux pré­parées à la chirurgie et de béné­fici­er d’une infor­ma­tion com­plète et acces­si­ble.

Vous par­lez du can­cer et de l’après-cancer : pourquoi insis­ter sur cette péri­ode ?

65 % des Français recon­nais­sent que l’après-cancer est plus dif­fi­cile à vivre que le can­cer lui-même*. Il y a un vide post-can­cer, un véri­ta­ble no man’s land. J’essaie de sen­si­bilis­er au fait que l’après-cancer est une oppor­tu­nité, qu’il faut en être acteur. Beau­coup auraient voulu attein­dre cette étape, j’in­vite cha­cun à vivre pleine­ment cette péri­ode jusqu’à la dépass­er.

Il existe de nom­breuses aides, soins de sup­port et ressources pour accom­pa­g­n­er les patients durant cette phase. Après le tsuna­mi qu’est le can­cer, il est essen­tiel de pren­dre le temps de se recon­stru­ire. Par­fois, on change pro­fondé­ment, mais il est pos­si­ble de se réin­ven­ter.

Pour ma part, j’ai tra­ver­sé cette étape en con­tin­u­ant à m’engager : aider les autres per­met aus­si de s’aider soi-même.

Pour recevoir le Petit guide pour con­sol­er une per­son­ne malade en ver­sion élec­tron­ique => https://cancer-je-gere.blog/

*source obser­va­toire socié­tal des can­cers

Crédit pho­to : A de Wilde