Les initiatives

Paint it blue

Hôpi­tal privé La Lou­vière, Lille (59)

« Les gens du Nord ont sur leurs fenêtres le bleu qu’ils n’ont pas dehors ».
Un slo­gan qui résume bien l’idée orig­i­nale lancée par l’Institut de can­cérolo­gie du Pôle Lille Métro­pole. Aurélie Clerquin, chef de pro­jet à l’Institut, explique la démarche :
« Dans chaque étab­lisse­ment du Pôle, les prati­ciens, salariés et les patients sont invités depuis le 8 mars à dessin­er des nœuds bleus, avec des Post-it et gabar­its four­nis, sur leurs fenêtres de bureau ou de cham­bre. Le résul­tat est admirable et rend hom­mage à l’implication de tous dans cette démarche par­tic­i­pa­tive ! Nous repren­drons ce con­cept lors des journées de pro­mo­tion du dépistage du can­cer col­orec­tal. Un mes­sage de préven­tion sera recou­vert de Post-it, et nous inviterons les vis­i­teurs à les décoller un par un. Au fur et à mesure, ils essaieront de devin­er le mes­sage, et déposeront leur propo­si­tion dans une urne. Après tirage au sort, le gag­nant rem­portera un lot, comme une cor­beille de fruits par exem­ple. »
Au sein de l’Hôpital privé La Lou­vière, cet évène­ment a eu lieu lors de la journée d’information du 14 mars. Sur le stand étaient présents des pro­fes­sion­nels de san­té — spé­cial­istes, équipes des soins de sup­port en can­cérolo­gie – ain­si que le Réseau Oncomel. Un colon géant et un casque 3D, mis à dis­po­si­tion par un parte­naire, ont per­mis aux vis­i­teurs de décou­vrir l’anatomie d’un organe mécon­nu… et d’essayer d’attraper des polypes virtuels.

Même pas peur

Clin­ique Pas­teur et Cen­tre de radio­thérapie de Ris-Orangis,
Ris-Orangis (91)

Un événe­ment mus­clé s’est déroulé le 9 mars devant la clin­ique. 15 salariés, dont le directeur, se sont retrou­vés le temps d’un haka, danse chan­tée du Paci­fique Sud pop­u­lar­isée par l’équipe de rug­by de Nou­velle-Zélande. Rachel Panier, assis­tante de direc­tion à l’origine de ce pro­jet, pré­cise : « Guidé par 2 inter­venants, et en présence de musi­ciens et de leurs ukulélés, le per­son­nel a démon­tré que face au can­cer, c’est bien l’union qui fait la force ! » La vidéo — sai­sis­sante — est à retrou­ver sur la page face­book de l’établissement.
Pour insis­ter sur le rôle de la préven­tion, la clin­ique a ensuite con­vié le 14 mars L’Union sportive de Ris-Orangis pour ani­mer une séance d’exercices physiques. Après l’échauf­fe­ment, place au tra­vail de la res­pi­ra­tion, de l’équilibre, et au ren­force­ment mus­cu­laire à l’aide de bal­lons. Pour se remet­tre, les par­tic­i­pants ont eu droit à une séance d’étire­ments… et à un bar à jus, afin de soulign­er l’importance de l’alimentation. L’Association pour le dépistage des mal­adies can­céreuses en Essonne et la Ligue con­tre le can­cer présen­taient le kit de dépistage pen­dant que les pro­fes­sion­nels de la clin­ique et du cen­tre de radio­thérapie détail­laient aux vis­i­teurs le par­cours de soin d’un patient en can­cérolo­gie. Enfin, place au jeu avec le côlon péd­a­gogique gon­flable, et les lunettes 3D pour affron­ter les polypes, mais sans Haka cette fois-ci !

Une par une

Clin­ique Ambroise Paré, Toulouse (31)

« Je crois que mon invi­ta­tion est par­tie à la poubelle avec les pub­lic­ités… Mais cette préven­tion est impor­tante, alors je vais me ren­dre chez mon médecin ! » Objec­tif atteint pour cette patiente de 54 ans, l’une des 129 per­son­nes venues tester leurs con­nais­sances sur le stand pro­posé par l’établissement. Pour abor­der le sujet, rien de mieux qu’un quizz qui en 7 ques­tions sim­ples tord quelques idées reçues. « À qui s’adresse le dépistage ? Que con­tient le cour­ri­er d’invitation ? », etc. Armelle Galy, infir­mière d’ac­com­pa­g­ne­ment à l’an­nonce et Béa­trice Bar­cos, sage femme taba­co­logue, ont répon­du avec entrain à toutes les ques­tions des vis­i­teurs et mem­bres du per­son­nel. Les per­son­nes ayant obtenu 100 % de bonnes répons­es sont même repar­ties avec une toupie hand spin­ner bleue. Une manière ludique de se rap­pel­er au quo­ti­di­en de l’im­por­tance de la préven­tion !

Cen­tre Clin­i­cal 

Soy­aux (16)

Ce 13 mars, journée de sen­si­bil­i­sa­tion dans l’établissement, ani­mée par une infir­mière du dis­posi­tif d’annonce, et sa col­lègue qui assure l’éducation thérapeu­tique pour les chimio­thérapies orales. Les vis­i­teurs ont pu décou­vrir sur le stand un intestin gon­flable géant, mis à dis­po­si­tion par un lab­o­ra­toire. Un dis­posi­tif idéal pour com­pren­dre l’anatomie de cet organe mys­térieux. Les férus de tech­nolo­gie, et tous les curieux sans excep­tion, ont pu enfil­er le casque virtuel égale­ment prêté pour l’occasion. Visu­alis­er en 3D les parois d’un côlon, dénich­er les polypes… Pour met­tre en lumière cet organe si sou­vent tabou. À not­er la par­tic­i­pa­tion de l’Organisation charentaise d’information et de dépistage des can­cers (Orchidée 16) et celle du cuisinier, mis au défi de réalis­er des meringues bleues. Une journée réussie étant à refaire… C’est déjà prévu pour le 29 mars !

L’interview

M. Frédéric de Bels
Respon­s­able du départe­ment dépistage de l’IN­Ca

Où en est-on du dépistage du can­cer col­orec­tal ?

Les derniers chiffres mon­trent une par­tic­i­pa­tion de 33,5 % (en 2015–2016, sur 2 années glis­santes). Elle est en hausse (29,3 % aupar­a­vant) mais reste insuff­isante par rap­port aux objec­tifs con­venus au niveau européen : un taux de 45 % serait accept­able, celui recom­mandé étant de 65 %. Si beau­coup de pays européens se sont ori­en­tés vers le test immunologique, tous n’ont pas la même enver­gure et la même organ­i­sa­tion qu’en France, où le pro­gramme est cen­tral­isé et con­cerne l’ensemble du ter­ri­toire. Le Roy­aume-Uni en est à une phase pilote ; l’Espagne et l’Italie ont des organ­i­sa­tions régionales. En tous les cas, nous ne sommes pas dans le haut du classe­ment en ter­mes de par­tic­i­pa­tion, et nous avons encore de fortes marges de pro­gres­sion. Nous sommes loin des Pays-Bas, qui affichent 70 % de par­tic­i­pa­tion, et utilisent le test immunologique depuis plus longtemps.
Sur une péri­ode de 8,5 mois en 2015, le pro­gramme a per­mis de détecter près de 4 300 can­cers et 17 000 lésions pré­cancéreuses. Au niveau de par­tic­i­pa­tion actuel, on sauve déjà des vies, mais ce dépistage étant très effi­cace, on pour­rait en sauver beau­coup plus. Nous devons absol­u­ment mobilis­er les médecins et le grand pub­lic sur ce can­cer très fréquent et par­ti­c­ulière­ment meur­tri­er, avec 45 000 nou­veaux cas et 18 000 décès chaque année.

Le test immunologique est très effi­cace : pourquoi le dépistage peine-t-il à se dévelop­per ?

Beau­coup d’arguments plaident pour­tant en faveur du dépistage.
D’abord, son intérêt n’est con­testé par aucun pro­fes­sion­nel. Les chances de guéri­son pour un can­cer col­orec­tal détec­té à un stade 1 ou 2 sont de 90 %. À un stade métas­ta­tique elles s’effondrent à env­i­ron 15 %. La pré­coc­ité du diag­nos­tic est donc vitale.
Ensuite, depuis mai 2015, c’est un test immunologique (OC-sen­sor®) qui est util­isé,
pour rechercher la présence de sang dans le sell­es. Il est beau­coup plus per­for­mant que l’ancien test au gaïac (Hémoc­cult® II). Il détecte 2,4 fois plus de can­cers et 3,7 fois plus d’adénomes avancés (c’est-à-dire des lésions à un stade pré­cancéreux), ce qui per­met donc d’attendre un effet à la fois en ter­mes de réduc­tion de mor­tal­ité mais aus­si en ter­mes de sur­v­enue des can­cers. Il est aus­si plus fiable car les tests sont cen­tral­isés sur un seul lab­o­ra­toire, et la lec­ture est automa­tisée. Enfin, il est plus facile d’utilisation, puisque 1 seul prélève­ment suf­fit, con­tre 6 aupar­a­vant (sur 3 jours), ce qui était con­traig­nant pour les per­son­nes qui tra­vail­lent par exem­ple. Nous devons donc tra­vailler à la notoriété de ce nou­veau test.

Nous devons aus­si lever cer­tains a pri­ori.
La per­cep­tion du can­cer col­orec­tal est par­fois qu’il s’agit d’un can­cer mas­culin, par oppo­si­tion à celui du sein. Les codes couleurs Octo­bre rose et Mars bleuont pu entretenir cette idée. Or, même si le risque d’avoir ce can­cer est un peu plus élevé pour les hommes (4 % vs 3 % pour les femmes), la dif­férence en ter­mes d’incidence et de fréquence est min­ime : 21 000 nou­veaux cas sont détec­tés chez les femmes chaque année, et 24 000 chez les hommes.
Les enquêtes que nous avons réal­isées mon­trent que les per­son­nes réfrac­taires au dépistage peu­vent ne pas se sen­tir con­cernées, parce qu’elles tra­vail­lent, ou qu’elles se sen­tent jeunes et bien por­tantes et ne voient donc pas l’intérêt de con­sul­ter. L’appréhension est un autre fac­teur. Le terme « can­cer » fait peur, la local­i­sa­tion inquiète, ain­si que la per­spec­tive d’un résul­tat posi­tif. Ce can­cer est encore asso­cié à l’image d’une poche de colostomie, d’où des répons­es du type : « Je préfère ne pas savoir plutôt que d’avoir une poche. » Pour­tant, le test n’est posi­tif que dans 4 % des cas et ne signe pas néces­saire­ment une lésion can­céreuse. C’est juste­ment en détec­tant les lésions pré­co­ce­ment que l’on évit­era des inter­ven­tions plus lour­des. Enfin, les modal­ités du prélève­ment, même si elles sont main­tenant très sim­ples, rebu­tent encore.

Com­ment com­mu­niquez-vous sur ce dépistage ?

Nous devons inten­si­fi­er l’information pour aider le grand pub­lic mais aus­si les pro­fes­sion­nels de san­té à percevoir ces enjeux. À tra­vers Mars Bleu, nous devons mobilis­er tous les acteurs de san­té, dont les étab­lisse­ments, pour met­tre un coup de pro­jecteur sur ce dépistage qui marche et n’est pas con­testé.

Au plan local, les struc­tures départe­men­tales de ges­tion du dépistage met­tent en place des actions d’information comme le Côlon tour dévelop­pé par la Ligue nationale con­tre le can­cer, ou sou­ti­en­nent les actions des Sociétés savantes et des Organ­i­sa­tions pro­fes­sion­nelles de gas­troen­térolo­gie, comme le Colon daysqui fête ses 10 ans.

Au niveau nation­al, nous déployons depuis 2009 des cam­pagnes de com­mu­ni­ca­tion.
Cette année, nous l’avons lancée le 18 févri­er, sur tous les réseaux. Un spot télé est dif­fusé notam­ment sur France Télévi­sion et sur le câble. Il cible la tranche la plus âgée con­cernée par le dépistage, avec un univers qui reprend les codes du polar, en noir et blanc. Le spot est aus­si présent sur le web, en pré-roll (dif­fusé avant la visu­al­i­sa­tion d’une vidéo).
Sur les réseaux soci­aux, on cible plutôt les 50–60 ans, avec des posts sur Face­book, Twit­ter. Nous sommes égale­ment présents sous forme pub­lic­i­taire sur de nom­breux sites dans le flux des arti­cles. Nous pro­posons plusieurs vidéos sur You tube, dont deux info­gra­phies Can­cer col­orec­tal : pourquoi se faire dépis­ter ? et Dépistage du can­cer col­orec­tal : qui ? Quand ? Com­ment ? Nous avons égale­ment réal­isé un tuto­riel au ton très déten­du pour expli­quer les modal­ités du test, dont le prélève­ment.

Nous nous adres­sons aus­si directe­ment aux médecins, pour pro­mou­voir le dépistage lors des con­grès des sociétés savantes de gas­troen­térolo­gie et de médecine générale. Ce sera par exem­ple le cas aux Journées fran­coph­o­nes d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie diges­tive, fin mars, et au Con­grès de la médecine générale France début avril. Sur le ter­rain, les struc­tures de ges­tion en charge des dépistages sont en rela­tion directe avec les médecins général­istes. Au niveau nation­al nous activons, avec les prin­ci­paux édi­teurs de logi­ciels d’aide à la pre­scrip­tion, des fenêtres pop-up qui appa­rais­sent lorsque le dossier d’un patient âgé de 50 à 74 ans est ouvert afin de rap­pel­er au médecin la néces­sité d’aborder le sujet.

Crédits pho­tos : Hôpi­tal privé La Lou­vière, Clin­ique Pas­teur et Cen­tre de radio­thérapie de Ris-Orangis, Clin­ique Ambroise Paré, Cen­tre Clin­i­cal, INCa