Les initiatives

Le développe­ment durable en dial­yse : néces­saire, con­cret, effi­cace… et rentable.

 

Pour Christophe Nor­mand, Ingénieur qual­ité et développe­ment durable du CA3D (Gra­dig­nan), « Nous engager dans le développe­ment durable devient néces­saire. D’abord, en rai­son du change­ment de cul­ture d’entreprise. Aujourd’hui le man­age­ment doit être par­tic­i­patif, donc les col­lab­o­ra­teurs ont besoin de se retrou­ver autour de pro­jets comme le développe­ment durable. Ensuite, les patients atten­dent cela : d’après les études que nous avons menées, l’engagement d’un étab­lisse­ment dans ce domaine peut être un critère de choix pour 64 % des patients. Enfin, nos autorités de tutelle et l’environnement lég­is­latif vont nous l’imposer. »

À la Clin­ique Néphrologique Saint-Exupéry (Toulouse), la ges­tion de l’eau est un axe stratégique du pro­jet d’établissement qui se décline en 3 actions : stéril­i­sa­tion ther­mique du traite­ment d’eau pour lim­iter l’utilisation de pro­duits chim­iques, régu­la­tion de la pro­duc­tion d’eau en hémodial­yse en fonc­tion de la con­som­ma­tion réelle, et recy­clage de l’eau de rejet. « L’installation récente de nou­velles unités de traite­ment d’eau avec dés­in­fec­tion ther­mique glob­ale est pour nous l’opportunité de dévelop­per une solu­tion de régu­la­tion du taux de rejet en fonc­tion du nom­bre de séances », explique Marc Bonaven­ture, cadre tech­nique et bio­médi­cal.
Vin­cent Lacombe, directeur, revient sur la val­ori­sa­tion des eaux gris­es : « La plu­part de l’eau que l’on con­som­mait, nous la reje­tions à l’égout. Nous avons donc mis une cuve tam­pon. Au fil des années, nous avons enrichi ce sys­tème, pour arroser les espaces verts, etc. La stéril­i­sa­tion ther­mique des généra­teurs de dial­yse provoque sur les canal­i­sa­tions à faible pente le dépôt d’un biofilm qui peut col­mater les évac­u­a­tions. Avec ce réseau d’eau grise, nous créons des chas­s­es pour déca­per ce biofilm, au lieu d’utiliser des déter­gents. »

Pour Georges Ben­dine, directeur qual­ité et envi­ron­nement du groupe Fre­se­nius Med­ical Care France, « Les résul­tats au bout de 10 ans démon­trent qu’avec une réelle stratégie d’investissement dans du matériel plus économe doté de tech­nolo­gies évoluées, et un change­ment de com­porte­ment des salariés, il est pos­si­ble de réduire sig­ni­fica­tive­ment cer­tains impacts envi­ron­nemen­taux. » Grâce à un éco-report­ing men­su­el des don­nées, « nous avons des moyennes par struc­ture et par séance de dial­yse. »
Entre 2005 et 2015, par séance de traite­ment…

  • Énergie : la con­som­ma­tion est passée de 23,11 kW à 18,8 kW, soit sur 10 ans, pour l’ensemble du groupe, l’énergie néces­saire pour faire 6 allers-retours de la Terre à la Lune en Smart élec­trique.
  • Eau : la con­som­ma­tion est passée de 800 litres à 437 litres. Au total, 67 500 m3 d’eau économisés, de quoi rem­plir 5 fois le Col­isée.
  • DASRI : la pro­duc­tion est passée de 1,8 kg à 1,2 kg, notam­ment grâce à la vidan­ge des cir­cuits extra-cor­porels, qui évite d’avoir des liq­uides dans les déchets d’activités de soins. L’économie glob­ale, 10 500 tonnes, c’est le poids de la Tour Eif­fel !
  • Équiv­a­lent car­bone : ce sont au total 102 440 tonnes de CO2 qui n’ont pas été rejetées dans l’atmosphère, ce qu’un avion gros por­teur aurait émis pour faire 11 500 fois le tour de la Terre. C’est aus­si une économie estimée à 9 160 000 euros pour l’ensem­ble du groupe depuis 2005.

Une mobil­i­sa­tion de tous les jours

Cen­tre Clin­i­cal, Soy­aux (16)

« Ce qui sauvera le cli­mat ce ne sont plus des grands som­mets diplo­ma­tiques clas­siques, c’est une mobil­i­sa­tion de tous les jours. » Ces pro­pos tenus mar­di dernier par le prési­dent de la République doivent con­forter l’établissement, qui s’investit depuis longtemps, et tous azimuts, dans le développe­ment durable. Pour économiser l’énergie, les idées ne man­quent pas : ampoules LED, com­man­des ther­mo­sta­tiques, boucle d’eau chaude en stéril­i­sa­tion, etc. La réflex­ion porte main­tenant sur l’installation d’une ombrière pho­to­voltaïque sur le park­ing ain­si que de bornes de recharge pour les vélos élec­triques. Pour le tri, pas moins de 35 fil­ières exis­tent déjà, la prochaine étape étant le tri des plateaux repas en cham­bre. Tri des plateaux aus­si au self, où 30 % des pro­duits sont bio, et les espèces de pois­son con­sid­érées comme men­acées sont ban­nies. L’entretien des locaux est lui majori­taire­ment assuré par des pro­duits éco­labélisés et pré-dosés, et c’est une pompe à injec­tion qui per­met de traiter les bacs à graisse et siphons. Côté jardin, le désherbant util­isé est à base… de géra­ni­um.
Mais le développe­ment durable, c’est aus­si la qual­ité de vie au tra­vail. Une pri­or­ité de la direc­tion depuis plusieurs années qui s’est engagée en mars 2017, avec le CHSCT et le médecin du tra­vail dans la démarche QVT, ani­mée par l’ARACT et l’ARS. Cette démarche de QVT per­met d’acquérir des out­ils et d’être accom­pa­g­né pour amélior­er les con­di­tions de tra­vail du per­son­nel. Une belle manière de favoris­er les échanges et de faire émerg­er des actions autour de la qual­ité de vie au tra­vail. Le Cen­tre Clin­i­cal prend soin de son per­son­nel, mais veille sur ses patients, comme en témoigne la journée du 12 novem­bre con­sacrée à la san­té envi­ron­nemen­tale. Le Dr Isabelle Far­bos, biol­o­giste experte en épigéné­tique, est venue expli­quer les impacts de l’environnement sur la san­té dans le cadre de la démarche envi­ron­nemen­tale de la mater­nité. Un audit a immé­di­ate­ment suivi. Matéri­aux, pro­duits util­isés, pra­tiques pro­fes­sion­nelles ont été scrutés. À la clef, un groupe de tra­vail, une poli­tique d’achats respon­s­ables encore ren­for­cée, une page dédiée à la san­té envi­ron­nemen­tale qui sera ajoutée au livret remis aux par­ents, et des ate­liers « nest­ing ». Une mobil­i­sa­tion de tous les jours, donc…

Le dossier

Le développe­ment durable dans l’œil de l’ANAP

L’ANAP a été mis­sion­née pour met­tre en œuvre un Obser­va­toire du développe­ment durable en san­té. Fruit de la « Con­ven­tion rel­a­tive au développe­ment durable entre l’État et les fédéra­tions du secteur san­i­taire, social et médi­co-social 2017–2020 », signée le 8 mai 2017, cet Obser­va­toire veut per­me­t­tre aux struc­tures san­i­taires et médi­co-sociales d’évaluer annuelle­ment la matu­rité de leur démarche.

Quels sont les prin­ci­paux con­stats ?

Le volet gou­ver­nance
Les struc­tures sont sen­si­bil­isées aux enjeux du développe­ment durable, auquel elles ont pour la plu­part dédié des ressources. Mais des pro­grès restent à faire, notam­ment pour amélior­er le dia­logue avec les par­ties prenantes, celui-ci n’étant tourné que vers le pre­mier cer­cle de la struc­ture. Les patients, accom­pa­g­nants, four­nisseurs et parte­naires sont peu asso­ciés.

Les volets social et socié­tal
Ils présen­tent des taux de matu­rité élevés. Les matu­rités des démarch­es d’amélioration de la qual­ité de vie au tra­vail, du dia­logue social et des par­cours pro­fes­sion­nels sont forte­ment cor­rélées. Cela sug­gère un cer­cle vertueux : les struc­tures engagées dans une démarche d’amélioration con­tin­ue met­tent en place plus facile­ment les dif­férents volets du développe­ment durable. Les struc­tures se dis­tinguent sur deux points de la moyenne des entre­pris­es français­es : elles emploient davan­tage de per­son­nes rési­dant à prox­im­ité (56 % vs 50 %) et elles atteignent à 82 % (vs 52 %) le taux d’emploi cible des per­son­nes en sit­u­a­tion de hand­i­cap.

Le volet envi­ron­nemen­tal
C’est le moins ren­seigné, or c’est celui qui néces­site le plus de don­nées chiffrées.
Peu de struc­tures sont capa­bles de fournir les don­nées de base telles que la con­som­ma­tion d’eau, le vol­ume d’énergie fac­turé, le poids des ordures ménagères, etc.

Com­ment objec­tiv­er des résul­tats en l’absence d’indicateurs ?

Les don­nées lorsqu’elles sont ren­seignées mon­trent sur les deux dernières années — par journée d’activité théorique — une qua­si sta­bil­ité de la con­som­ma­tion en eau (+ 0,9 %) et de la pro­duc­tion de déchets (3,3 kg d’ordures ménagères), et une aug­men­ta­tion sig­ni­fica­tive de la con­som­ma­tion d’énergie (+ 3,4 %).

Le volet économique et achats
Il est révéla­teur d’une stratégie de développe­ment durable qui peine à se traduire en actions con­crètes et mesurables. Si 55 % des struc­tures ont engagé une démarche d’achat respon­s­able, plus de la moitié des struc­tures n’intègre pas encore de critères de développe­ment durable dans les marchés. Plus de la moitié des répon­dants indiquent chercher à réduire l’impact envi­ron­nemen­tal des achats, présen­tent une matu­rité élevée dans la ges­tion des déchets et indiquent avoir au moins un four­nisseur ayant des engage­ments véri­fi­ables. Pour­tant, aucune cor­réla­tion n’apparaît entre matu­rité de la démarche d’achat respon­s­able et réduc­tion de la pro­duc­tion de déchets.
Les struc­tures sem­blent pilotées prin­ci­pale­ment à par­tir de critères budgé­taires : les indi­ca­teurs extra financiers pour­tant bien iden­ti­fiés ne sont pas sys­té­ma­tique­ment exploités.

Pistes d’action
Bien que sen­si­bil­isées, les struc­tures répon­dantes man­quent d’opérationnalisation de la démarche. Leur approche demeure assez théorique, et manque de pilotage opéra­tionnel out­il­lé avec des indi­ca­teurs de suivi et de résul­tat.

De la 1re cam­pagne de cet obser­va­toire, l’ANAP dégage des pistes d’action : out­iller le pilotage opéra­tionnel et le suivi des con­som­ma­tions énergé­tiques, iden­ti­fi­er et val­oris­er les ressources clés, pro­mou­voir le bien-être au tra­vail, con­cré­tis­er les engage­ments d’achat respon­s­able, et œuvr­er à la réduc­tion des ordures ménagères et des déchets ali­men­taires.

Méthodolo­gie
Pour con­cevoir cet obser­va­toire, 90 struc­tures se sont retrou­vées autour de huit ate­liers de tra­vail : Pilotage de la démarche, com­mu­ni­ca­tion, volet social et humain, poli­tique d’achat, préser­va­tion des ressources, préven­tion et ges­tion des déchets, trans­ports et déplace­ments, et pro­mo­tion des sys­tèmes d’information de san­té.

La pre­mière cam­pagne de col­lecte de don­nées, du 1er juin au 11 sep­tem­bre 2017, a porté sur 426 struc­tures volon­taires, issues de toutes les fédéra­tions (dont 69 % du secteur san­i­taire, 44 % de l’échantillon ayant une activ­ité MCO).
Avec 139 struc­tures, soit 29 % des répon­dants, l’hospitalisation privée revendique la plus forte par­tic­i­pa­tion. Les répon­dants sont majori­taire­ment des directeurs (38 %) et des respon­s­ables qual­ité et ges­tion des risques (34 %).
Les struc­tures — qui sont majori­taire­ment de taille moyenne, moins de 250 salariés — ont répon­du en moyenne à 74 % des ques­tions posées.

http://rse.anap.fr/